—Vous trouvez que c'est indubitablement une jolie somme. Eh bien! cette jolie somme, monsieur Pip, vous appartient; c'est un présent qu'on vous fait aujourd'hui; c'est un à-compte sur vos espérances, et c'est à raison de cette belle somme par an, et pas d'une plus grande, que vous devez vivre, jusqu'à ce que le donateur du tout se présente. C'est-à-dire que vous arrangerez vos affaires d'argent comme vous l'entendrez, et vous recevrez de Wemmick cent vingt-cinq livres par trimestre, jusqu'à ce que vous communiquiez directement avec la source principale, et non plus avec celui qui n'est qu'un simple agent. Comme je vous l'ai déjà dit, je ne suis qu'un simple agent, j'exécute mes instructions et je suis payé pour cela. Je les crois imprudentes, mais je ne suis pas payé pour donner mon opinion sur leur mérite.»

Je commençais à exprimer ma reconnaissance pour mon bienfaiteur inconnu, et pour la générosité grande avec laquelle il me traitait, quand M. Jaggers m'arrêta.

«Je ne suis pas payé, dit-il froidement, pour rapporter vos paroles à qui que ce soit.»

Puis il rassembla les pans de son habit, comme il avait rassemblé les éléments de la conversation, et se mit à regarder ses bottes, les sourcils froncés, comme s'il les eût soupçonnées de mauvaises intentions contre lui.

Après un silence, je lui dis:

«Il y avait tout à l'heure, monsieur Jaggers, une question que vous avez désiré me voir écarter un instant; j'espère ne rien faire de mal en la faisant de nouveau.

—Qu'est-ce que c'est?» dit-il.

J'aurais pu prévoir qu'il ne m'aiderait jamais, mais j'étais aussi embarrassé pour refaire cette question que si elle eût été tout à fait neuve; je dis en hésitant:

«Mais, mon patron... cette source principale dont vous m'avez parlé, M. Jaggers... doit-il bientôt...?»

Ici j'eus la délicatesse de m'arrêter.