Il m'est impossible de tourner cette première page de ma vie, sans y mettre le nom de Bentley Drummle; sans cela, c'est avec joie que je n'en parlerais pas.

En une certaine occasion, le club des Pinsons était réuni en grand nombre; les bons sentiments roulaient comme de coutume, c'est-à-dire que personne ne s'accordait; le pinson-président rappelait le Bocage à l'ordre. Drummle n'avait pas encore porté de toast à une dame, ainsi que le voulait la constitution de la société, et c'était le tour de cette brute ce jour-là. Il m'avait semblé le voir me narguer de son vilain rire, pendant que les carafes circulaient; comme il n'y avait aucune sympathie entre nous, cela pouvait bien être et ne m'étonnait pas: mais quelle fut ma surprise et mon indignation quand il invita la compagnie à porter un toast à Estelle!

«Estelle, qui? dis-je.

—Qu'est-ce que cela vous fait? repartit Drummle.

—Estelle, d'où? dis-je. Vous êtes obligé de le dire.»

Et, de fait, il était obligé de le dire, en sa qualité de Pinson.

«De Richmond, messieurs, dit Drummle, et c'est une beauté sans égale.

—Est-ce qu'il sait ce que c'est qu'une beauté sans égale, ce misérable idiot? dis-je à l'oreille d'Herbert.

—Je connais cette dame, dit Herbert par-dessus la table, quand on eut fait honneur au toast.

—Vraiment? dit Drummle, ô Seigneur!»