«Je dis à Compeyson que je jurais de lui écraser le visage, et je m'écriai:

«—Que Dieu écrase le mien, si je ne le fais pas!»

«Nous étions tous deux sur le même ponton, mais je ne pus l'approcher de longtemps, malgré tous mes efforts. Enfin, j'arrivai derrière lui, et je lui frappai sur l'épaule pour le faire retourner et le souffleter; on nous aperçut et on me saisit. Le cachot noir du ponton n'était pas des plus solides pour un habitué des cachots, qui savait nager et plonger. Je gagnai le rivage, et me cachai au milieu des tombeaux, enviant ceux qui y étaient couchés. C'est alors que je vous vis pour la première fois, mon cher enfant!»

Il me regardait d'un œil affectueux, qui le rendait encore plus horrible à mes yeux, quoique j'eusse ressenti une grande pitié pour lui.

«C'est par vous, mon cher enfant, que j'appris que Compeyson se trouvait aussi dans les marais. Sur mon âme, je crois presque qu'il s'était sauvé par frayeur et pour s'éloigner de moi, ignorant que c'était moi qui avais gagné le rivage. Je le poursuivis, je le souffletai.

«—Et maintenant, lui dis-je, comme il ne peut rien m'arriver de pire, et que je ne crains rien pour moi-même, je vais vous ramener au ponton.»

«Et je l'aurais traîné par les cheveux, en nageant, si j'en avais eu le temps, et certainement, je l'aurais ramené à bord sans les soldats, qui nous arrêtèrent tous les deux.

«Malgré tout, il finit par s'en tirer; il avait de si bons antécédents! Il ne s'était évadé que rendu à moitié fou par moi et par mes mauvais traitements. Il fut puni légèrement; moi, je fus mis aux fers; puis on me ramena devant le tribunal, et je fus condamné à vie. Je n'ai pas attendu la fin de ma peine, mon cher enfant, et vous, le camarade de Pip, puisque me voici.»

Il s'essuya encore, comme il l'avait fait auparavant, puis il tira lentement de sa poche son paquet de tabac; il ôta sa pipe de sa boutonnière, la remplit lentement, et se mit à fumer.

«Il est mort? demandai-je après un moment de silence.