Sur l'escalier, je rencontrai Wemmick, qui redescendait après avoir cogné inutilement avec le dos de son index à ma porte. Je ne l'avais pas vu seul depuis notre désastreuse tentative de fuite, et il était venu dans sa capacité personnelle et privée, me donner quelques mots d'explication au sujet de cette absence prolongée.
«Feu Compeyson, dit Wemmick, avait petit à petit deviné plus de la moitié de la vérité de l'affaire, maintenant accomplie, et c'est d'après les bavardages de quelques uns de ces gens dans l'embarras (il y a toujours quelques uns de ces gens dans l'embarras) que j'ai appris ce que je sais. Je tenais mes oreilles ouvertes, tout en faisant semblant de les tenir fermées, jusqu'à ce que j'eusse entendu dire qu'il était absent, et je pensais que c'était le meilleur moment pour faire votre tentative. Je commence seulement à soupçonner maintenant que c'était une partie de sa politique, en homme très adroit qu'il était, de tromper habituellement ses propres agents. Vous ne me blâmez pas, j'espère, monsieur Pip; j'ai essayé de vous servir, et de tout mon cœur.
—Je suis aussi certain de cela, Wemmick, que vous pouvez l'être, et je vous remercie bien vivement de tout l'intérêt et de toute l'amitié que vous me portez.
—Je vous remercie, je vous remercie beaucoup. C'est une mauvaise besogne, dit Wemmick en se grattant la tête, et je vous assure que je n'avais pas été joué ainsi depuis longtemps. Ce que je regrette surtout, c'est le sacrifice de tant de valeurs portatives, mon Dieu!
—Eh moi, Wemmick, je pense au pauvre possesseur de ces valeurs.
—Oui, c'est sûr, dit Wemmick. Sans doute, rien ne peut vous empêcher de le regretter, et je mettrais un billet de cinq livres de ma poche pour le tirer de là. Mais ce que je vois, c'est ceci: feu Compeyson avait été prévenu d'avance de son retour, et il était si bien résolu à le livrer, que je ne pense pas qu'on eût pu le sauver. Cependant les valeurs portatives auraient certainement pu être sauvées. Voilà la différence entre les valeurs et leur possesseur, ne voyez-vous pas?»
J'invitai Wemmick à monter et à prendre un verre de grog avant de partir pour Walworth. Il accepta l'invitation, et, en buvant le peu que contenait son verre, il me dit, sans aucun préambule, et après avoir paru quelque peu embarrassé:
«Que pensez-vous de mon intention de prendre un congé lundi, monsieur Pip?
—Mais je suppose que vous n'avez rien fait de semblable durant les douze mois qui viennent de s'écouler.
—Les douze ans plutôt, dit Wemmick. Oui, je vais prendre un jour de congé; plus que cela, je vais faire une promenade; plus que cela, je vais vous demander de faire une promenade avec moi.»