—Ni moi.»
La lune commençait à se lever, et je pensai au regard placide dirigé vers le plafond blanc par celui qui n'était plus. La lune commençait à se lever, et je pensai à la pression de sa main sur ma main, quand je lui eus dit les dernières paroles qu'il eût entendues sur terre.
Estelle rompit la première le silence qui s'était établi entre nous.
«J'ai très souvent espéré et désiré revenir, mais j'ai été empêchée par bien des circonstances. Pauvre vieille maison!»
Le brouillard argenté fut effleuré par les premiers rayons de la lune, et les mêmes rayons effleurèrent les larmes qui coulaient de ses yeux. Ignorant que je les voyais, elle dit:
«Vous êtes-vous demandé, en marchant de long en large, comment il se fait que ce terrain soit dans cet état?
—Oui, Estelle.
—Le terrain m'appartient. C'est le seul bien que je n'aie pas abandonné; tout le reste m'a quitté petit à petit, mais j'ai gardé ce terrain. Il a été le sujet de la seule résistance décidée que j'aie faite pendant toutes ces années de malheur.
—Doit-on y construire?
—Oui, on finira par là. Je suis venue ici pour lui faire mes adieux avant ce changement. Et vous, dit-elle du ton d'intérêt touchant avec lequel on parle à une personne qui va s'éloigner, resterez-vous toujours à l'étranger?