- Non, je ne me tairai pas, reprit Nancy sur un ton très élevé; voyons, qu'avez-vous à dire à cela?»
M. Fagin connaissait assez le caractère et les caprices des femmes pour sentir qu'il n'était pas prudent de prolonger l'entretien. Pour faire diversion, il s'adressa à Olivier:
«Vous vouliez donc vous sauver, mon ami? lui dit-il en prenant dans l'angle de la cheminée un gros bâton noueux.»
Olivier ne répondit rien: mais il observait les mouvements du juif, et son coeur battait avec force.
«Vous appeliez au secours, vous vouliez faire venir la police, n'est-ce pas! poursuivit Fagin avec un rire moqueur et en saisissant l'enfant par le bras; nous vous en ferons passer l'envie, jeune homme!»
Le juif appliqua un vigoureux coup de bâton sur les épaules d'Olivier, et il levait le bras pour recommencer, quand la jeune fille se jeta sur lui et lui arracha le bâton, qu'elle jeta au feu avec tant de force que des charbons roulèrent jusqu'au milieu de la chambre.
«Je ne souffrirai pas chose pareille, Fagin, s'écria Nancy. Vous avez retrouvé cet enfant; que voulez-vous de plus? Tâchez de le laisser tranquille, entendez-vous, ou je vous arrangerai de manière à me faire pendre avant mon tour.»
En proférant ces menaces, la jeune fille frappait du pied le plancher; pâle de colère, les lèvres serrées, les mains crispées, elle regardait tour à tour le juif et Sikes.
«Allons, Nancy! dit le juif d'un ton radouci, après un moment de silence, pendant lequel il échangea avec M. Sikes des regards étonnés et inquiets; vous êtes… ce soir… plus admirable que jamais; eh! eh! ma chère, vous jouez la comédie à ravir.
- Vraiment? dit la jeune fille; prenez garde que je ne me surpasse; ce serait tant pour vous, Fagin; ainsi, marchez droit avec moi; tenez-vous-le pour dit.»