- Ta fortune serait faite, ajouta le Matois en riant.

- Tu vivrais de tes rentes, et tu ferais le monsieur, comme c'est mon intention, à Pâques ou à la Trinité.

- Cela ne me plaît pas, répondit timidement Olivier; je voudrais bien qu'on me permît de m'en aller. J'aimerais mieux m'en aller.

- Et Fagin aime mieux que tu restes,» répliqua Charlot.

Olivier ne le savait que trop; mais, jugeant dangereux de s'expliquer plus clairement, il soupira et se remit à cirer les bottes du Matois.

«Allons donc! s'écria celui-ci; tu n'as donc pas de coeur, pas d'amour-propre? Est-ce que tu voudrais vivre aux dépens de tes amis?

- Oh! fi donc! dit maître Bates en tirant deux ou trois foulards de sa poche et en les jetant dans une armoire, ce serait ignoble.

- Quant à moi, je ne pourrais pas vivre comme ça, dit le Matois de l'air du plus profond dédain.

- Ça n'empêche pas que vous abandonnez vos amis, dit Olivier avec un léger sourire, et que vous les laissez punir à votre place.

- Quant à cela, répondit le Matois, c'était par pure considération pour Fagin, parce que les mouchards savent que nous travaillons avec lui; et, si nous n'avions pas déguerpi, il aurait pu lui en cuire. C'était là le seul motif, n'est-ce pas Charlot?»