- Je te dis que si, répondit Sikes.

- Allons donc! reprit celle-ci avec sang-froid. Continuez, Fagin. Je sais ce qu'il va dire, Guillaume; il n'a pas besoin de faire attention à moi.»

Le juif hésitait encore, et Sikes les regarda l'un et l'autre avec quelque surprise.

«En quoi cette fille peut-elle vous gêner, Fagin? demanda-t-il enfin; il y a assez longtemps que vous la connaissez pour vous fier à elle, ou alors, à tous les diables! Elle n'est pas femme à jaser; n'est-ce pas, Nancy?

- Je pense bien que non, répondit la jeune fille en approchant sa chaise de la table, sur laquelle elle posa ses deux coudes.

- Non, non, ma chère, je n'en doute pas, dit le juif; mais…»

Et il s'arrêta encore.

«Mais quoi? demanda Sikes.

- Je ne savais pas si elle ne serait pas encore peut-être aussi mal disposée que l'autre soir,» répondit le juif.

Nancy partit d'un grand éclat de rire, et, avalant un verre d'eau- de-vie, secoua la tête d'un air de défi, et se mit à pousser des exclamations incohérentes: «Allez toujours votre chemin! Ne parlez jamais de vous rendre!» et autres semblables, ce qui parut rassurer complètement les deux hommes. Le juif hocha la tête avec satisfaction et se rassit; M. Sikes en fit autant.