«Maintenant, Fagin, dit Nancy en riant, contez à Guillaume vos projets sur Olivier.
- Ah! ma chère, tu es une fine mouche, tu es bien la fille la plus maligne que je connaisse! dit le juif en lui donnant une petite tape sur le cou. C'était justement d'Olivier que je voulais parler. Ha! ha!
- Pour quoi faire? demanda Sikes.
- C'est l'enfant qu'il vous faut, mon cher, répondit le juif à voix basse, en posant son doigt sur son nez et en faisant une affreuse grimace.
- Lui? s'écria Sikes.
- Prends-le, Guillaume! dit Nancy. À ta place, je n'hésiterais pas; il n'est peut-être pas aussi futé que d'autres; mais qu'est- ce que ça fait, s'il s'agit seulement de t'ouvrir une porte? Sois sûr qu'on peut compter sur lui, Guillaume.
- C'est vrai, reprit Fagin; il est en bon train depuis quelques semaines, et il est temps qu'il commence à gagner sa vie. D'ailleurs, les autres sont trop gros.
- Ce n'est pas l'embarras, il est justement de la taille qu'il me faut, dit M. Sikes après réflexion.
- Et il fera tout ce que vous voudrez, mon cher, interrompit le juif; il ne pourra faire autrement, pourvu toutefois que vous lui fassiez assez peur.
- Lui faire peur! répéta Sikes; il aura peur pour tout de bon, sachez-le bien. S'il s'avise de broncher, une fois à la besogne, s'il fait un faux pas, vous ne le reverrez pas vivant, Fagin, songez-y avant de me l'envoyer. Tenez-vous-le pour dit, ajoute le brigand en brandissant une lourde pince qu'il venait de prendre sous le lit.