Fagin fit un signe de tête affirmatif, et étendant la main dans la direction de Saffron-Hill:
«Y a-t-il quelqu'un là-bas ce soir? demanda-t-il.
- Aux Trois-Boîteux?» demanda l'homme.
Le juif fit signe que oui.
«Attendez, poursuivit le marchand en cherchant dans sa tête; ils sont bien une demi-douzaine, à ma connaissance; je ne crois pas que votre ami soit du nombre.
- Sikes n'y est pas, je suppose? demanda le juif d'un air désappointé.
- Non est ventus, il n'est pas venu, comme disent les gens de loi, répondit le petit homme en secouant la tête et en prenant un air singulièrement rusé. Avez-vous quelque chose ce soir qui puisse faire mon affaire?
- Rien ce soir, dit le juif en s'éloignant.
- Allez-vous aux Trois-Boîteux, Fagin? dit le petit homme en le rappelant; attendez, j'ai envie d'aller y faire un tour avec vous!»
Le juif tourna la tête et lui fit signe de la main qu'il préférait être seul; et d'ailleurs, comme le petit homme ne pouvait pas aisément sortir de sa chaise, l'enseigne des Trois-Boîteux fut pour cette fois privée de l'avantage de la présence de M. Lively; dans le temps qu'il lui fallut pour se lever, le juif avait disparu. M. Lively, après s'être dressé inutilement sur la pointe des pieds dans l'espoir de l'apercevoir encore, s'enfonça de nouveau dans sa petite chaise, et après avoir échangé avec une dame, dans la boutique en face, un signe de tête qui exprimait le doute et la défiance, il reprit sa pipe et se remit gravement à fumer.