De nouveau en proie à l'irrésolution qui l'avait tourmenté, malgré lui, toute la journée, le meurtrier, voyant qu'il n'était pas suivi et que probablement on l'avait pris pour un ivrogne de mauvaise humeur, reprit le chemin de Londres; il évita la lueur des lanternes d'une diligence arrêtée dans la rue, et il poursuivait sa route, quand il s'aperçut que c'était la malle venant de Londres et qu'elle était arrêtée à la porte du bureau de poste. Il était presque sûr de ce qui allait se passer, mais il s'arrêta pour écouter.

Le courrier était devant la porte, attendait le sac aux dépêches; survint un individu en costume de garde-chasse, auquel il remit un panier déposé sur le trottoir.

«Voici pour chez vous, dit le courrier. Ah ça! avez-vous bientôt fini, là dedans? Déjà, avant-hier, vos maudites dépêches n'étaient pas prêtes; ça ne peut pas aller comme ça, entendez-vous?

- Quoi de nouveau en ville, Benjamin? demanda le garde-chasse en regardant les chevaux avec admiration.

- Rien que je sache, répondit l'autre en mettant ses gants. Le blé est un peu en hausse. J'ai aussi entendu parler d'un assassinat du coté de Spitalflelds, mais je n'y crois guère.

- Oh! ce n'est que trop vrai, dit un voyageur en mettant la tête à la portière; c'est un affreux assassinat.

- En vérité, monsieur? reprit le courrier en mettant la main à son chapeau. Est-ce un homme ou une femme?

- C'est une femme, répondit le voyageur; on suppose que…

- Allons, allons, Benjamin! s'écria le postillon avec impatience.

- Les maudites dépêches! dit le courrier. Ah ça! dormez-vous, là dedans?