- Je n'ai pas pu dormir davantage, monsieur, répondit Olivier avec douceur, et je suis bien fâché de vous avoir dérangé.
- Étais-tu éveillé depuis une heure? demanda le juif d'un air menaçant et terrible.
- Non, monsieur, non, bien sûr, répondit Olivier.
- En es-tu bien sûr? s'écria le juif en jetant sur l'enfant un regard sinistre.
- Je dormais, monsieur, répondit vivement Olivier, je dormais, sur ma parole.
- C'est bon! c'est bon! mon ami, dit le juif en reprenant brusquement ses manières ordinaires et en jouant avec le couteau avant de le remettre sur la table, comme pour faire croire qu'il ne l'avait pris que par badinage. J'en étais sûr, mon ami; je voulais seulement te faire peur. Tu es brave, oui, ma foi, tu es brave, Olivier.» Et le juif se frottait les mains en riant, mais jetait néanmoins sur la boîte un regard inquiet. «As-tu vu quelqu'une de ces jolies choses, mon ami? dit le juif après un court silence, en posant sa main sur la boîte.
- Oui, monsieur, répondit Olivier.
- Ah! dit le juif en pâlissant. C'est…, c'est à moi, Olivier… c'est ma petite fortune… tout ce que j'aurai pour vivre dans mes vieux jours: on m'appelle avare, mon ami, seulement avare… rien de plus.»
Olivier pensa que le vieux monsieur devait être en effet d'une avarice sordide, pour vivre dans un endroit si sale, avec tant de montres; mais il réfléchit que sa tendresse pour le Matois et les autres garçons lui coûtait peut-être beaucoup d'argent; il regarda le juif d'un air respectueux et lui demanda s'il pouvait se lever.
«Certainement, mon ami, certainement, répondit le vieux monsieur; tiens, il y a une cruche d'eau dans le coin derrière la porte; va la chercher et je te donnerai une cuvette pour te laver, mon ami.»