- Et comme je ne me soucie pas qu'on m'y connaisse, répondit Nancy avec le même calme, je refuse net, Guillaume.
— Elle ira, Fagin, dit Sikes.
- Non, Fagin, elle n'ira pas, s'écria Nancy.
- Si fait, Fagin, elle ira,» répéta Sikes.
M. Sikes avait raison. À force de menaces, de promesses, de cajoleries, on obtint enfin de Nancy qu'elle se chargerait de la commission. Du reste, elle n'était pas retenue par les mêmes considérations que son aimable compagne: car ayant quitté depuis peu le faubourg éloigné mais élégant de Ratcliffe, pour venir habiter dans les environs de Field-Lane, elle n'avait pas à craindre, comme Betty, d'être rencontrée par quelqu'une de ses nombreuses connaissances.
En conséquence, après avoir noué autour de sa taille un tablier blanc, et relevé ses papillotes sous un chapeau de paille, articles de toilette tirés de l'inépuisable magasin du juif, Mlle Nancy se prépara à sortir pour s'acquitter de sa mission.
«Un instant, ma chère, dit le juif en lui présentant un petit panier couvert; tiens ça à la main; ça te donnera un air plus respectable.
- Donnez-lui aussi une grosse clef, Fagin, dit Sikes; ça aura l'air encore plus naturel.
- Oui, oui, vous avez raison, dit le juif en passant au doigt de la jeune femme un gros passe-partout; là, c'est parfait. C'est à merveille, ma chère, ajouta-t-il en se frottant les mains.
- Oh! mon frère mon pauvre cher petit frère! s'écria Nancy fondant en larmes, et tenant d'une main crispée son panier et sa clef comme une femme au désespoir, qu'est-il devenu? qu'en a-t'on fait? Oh! je vous en supplie, messieurs, ayez pitié de moi; dites-moi où est ce cher enfant, messieurs. Je vous en supplie, mes bons messieurs.»