- C'est vrai, vous n'entendez rien, répliqua Sikes avec un rire menaçant. Vous vous faufilez partout, sans qu'on vous entende entrer ni sortir. J'aurais voulu, Fagin, que vous fussiez à la place de mon chien, il y a une minute.

- Pourquoi donc? demanda le juif avec un sourire forcé.

- Parce que le gouvernement, qui protège la vie d'êtres tels que vous, qui ont moins de coeur qu'un roquet, laisse un homme tuer son chien à sa fantaisie, répondit Sikes en fermant son couteau d'une manière très expressive. Voilà pourquoi.»

Le juif se frotta les mains et, s'asseyant devant la table, affecta de rire de la plaisanterie de son ami; néanmoins, il était visiblement mal à son aise.

«Allez rire ailleurs, dit Sikes en remettant les pincettes en place et en toisant le juif avec dédain; allez rire ailleurs, mais ne vous avisez pas de me rire au nez, voyez-vous, fût-ce derrière votre bonnet de coton. C'est moi qui vous tiens, Fagin, et du diable si je vous lâche. Tenez, si j'y passe, vous y passerez aussi. Ainsi ménagez-moi.

- Bien, bien, mon cher, dit le juif. Je sais tout cela. Nous…nous avons un intérêt réciproque, Guillaume, un intérêt réciproque.

- Hum! fit Sikes, comme s'il trouvait que le juif était bien plus intéressé que lui dans la question. Eh bien! qu'avez-vous à me dire?

- Tout s'est passé le mieux du monde, répondit Fagin, et voici votre part; elle est plus forte qu'elle ne devrait être, mon ami; mais, comme je sais que vous me revaudrez cela une autre fois, et…

- Assez de verbiage, interrompit le voleur avec impatience.
Voyons, donnez vite.

- Oui, oui, Guillaume, laissez-moi le temps, laissez-moi le temps, répondit le juif d'un ton caressant. Tenez, voici le magot sain et sauf.»