En général, le chien ne cherche pas à se venger des coups qu'il reçoit de son maître; mais celui de M. Sikes avait, comme son propriétaire, un assez méchant caractère, et, poussé à bout probablement en ce moment par la conviction de son innocence, il se jeta sans cérémonie sur le pied qui l'avait frappé, enfonça ses dente dans le brodequin, le secoua vivement, puis se sauva en grondant sous un banc, juste à temps pour éviter le pot d'étain que M. Sikes lui lança à la tête.
«Tu voudrais mordre, hein? dit Sikes, en saisissant d'une main les pincettes et en ouvrant de l'autre, d'un air résolu, un long couteau qu'il tira de sa poche. Ici, gredin! ici! m'entends-tu?»
Le chien entendait fort bien, car M. Sikes criait comme un sourd; mais il ne semblait pas du tout résigné à se laisser couper le cou; il resta où il était, grondant plus fort qu'auparavant et saisissant dans ses dents l'extrémité des pincettes, qu'il mordit avec rage.
Cette résistance ne fit qu'accroître la colère de M. Sikes. Il se mit à genoux et commença à attaquer le chien avec fureur. L'animal sautait de côté et d'autre, jappant, grondant, aboyant. L'homme jurait, frappait, blasphémait; la lutte allait devenir critique pour l'un ou l'autre des combattants, quand la porte s'ouvrit tout à coup, et le chien ne fit qu'un bond dehors, laissant Guillaume Sikes avec son couteau et ses pincettes à la main.
Pour se quereller, il faut être deux, dit un vieux proverbe. M. Sikes, désappointé de la fuite du chien, fit tomber sa colère sur le nouveau venu.
«Pourquoi diable venez-vous vous mettre entre mon chien et moi? demanda-t-il avec un geste menaçant.
- Je ne savais pas, mon ami, je ne savais pas,» répondit Fagin d'une voix humble.
C'était en effet le juif qui venait d'entrer.
«Vous ne saviez pas, vieux brigand! s'écria Sikes. Vous n'entendiez donc pas le vacarme?
- Pas le moins du monde, aussi vrai que je suis en vie, répondit le juif.