—Su quoi? demanda la matrone. Parlez!

—Il ressemblait tant à sa mère, à mesure qu'il grandissait, ce cher petit (continua l'autre, sans prendre garde à la question), que chaque fois que je le voyais, je ne pouvais m'empêcher de penser à elle! Pauvre jeune fille! . . . pauvre petite! Elle était si jeune aussi! . . . Un si beau petit agneau! Attendez! . . . Je n'vous ai pas tout dit, n'est-ce pas? . . . Il me semble que j'ai encore quelque chose à vous dire!

—Oui! oui! répliqua la matrone penchant l'oreille pour saisir les paroles qui sortaient plus lentement de la bouche de la mourante. Dites vite, ou bien il ne serait plus temps!

—La mère (dit la mourante faisant un dernier effort pour donner à sa voix un diapason plus élevé), la mère, sentant s'approcher l'instant de son trépas, me dit à l'oreille que si son enfant venait au monde vivant, et qu'on pût l'élever, un jour viendrait où il pourrait, sans rougir, entendre prononcer le nom de sa pauvre jeune mère. Et vous, ô mon Dieu, ajouta-t-elle enjoignant ses mains si maigres et si délicates, que ce soit un garçon ou une fille, suscitez-lui des amis sur cette terre de douleur et d'exil; et prenez pitié d'un pauvre petit orphelin abandonné à la merci des étrangers!

—Le nom de l'enfant? demanda la matrone.

—On l'appelait Olivier, répondit la mourante d'une voix faible. L'or que j'ai volé était . . .

—Oh! oui, oui! qu'est-ce que c'était? s'écria vivement la matrone.

Comme elle se penchait avec empressement pour recevoir la réponse de la moribonde, celle-ci se remit lentement et avec roideur sur son séant, et empoignant à deux mains sa couverture, elle marmotta, d'une voix gutturale, quelques paroles inintelligibles et tomba sans vie sur l'oreiller.

—Roide morte! dit une des deux vieilles femmes, entrant précipitamment aussitôt que la porte fut ouverte.

—Et rien de rien, après tout! ajouta la matrone en s'en allant comme si de rien n'était.