—L'enfant doit courir la même chance que les autres, reprit brusquement Nancy. Et je le répète, j'espère qu'il est mort et qu'il est à l'abri de tout danger; surtout de celui auquel il était exposé avec vous.
—Et quant à ce que je disais il n'y a qu'un instant, ma chère? dit le juif fixant sur elle ses yeux de lynx.
—Vous n'avez qu'à le redire, reprit Nancy. Et si c'est quelque chose que vous désirez que je fasse pour vous, vous feriez mieux d'attendre jusqu'à demain. Je vous entends bien quand vous me parlez, et le moment d'après je ne sais plus ce que vous venez de me dire.
Le juif lui fit encore quelques questions, afin de s'assurer qu'elle n'avait point retenu ses paroles indiscrètes; mais elle répondit avec tant d'assurance, et elle soutint si bien le regard scrutateur du vieillard, qu'il en revint à sa première idée que la fille était dans les vignes du Seigneur.
En effet, Nancy n'était pas exempte d'un défaut malheureusement trop commun parmi les protégées du juif, et dans lequel dès leurs plus tendres années elles avaient été encouragées plutôt que retenues.
Rassuré par cette découverte, et ayant rempli le double but de communiquer à Nancy ce qu'il avait appris le soir même de Toby, et de s'assurer par ses propres yeux que Sikes n'était pas rentré, il s'en alla laissant sa jeune amie endormie sur la table.
Il était à peu près une heure du matin, et comme il faisait très sombre et très froid, il ne fut guère tenté de s'amuser en route.
Il avait atteint le coin de sa rue, et il fouillait dans sa poche pour prendre sa clef, lorsqu'un personnage sortit d'un vestibule, à l'ombre duquel il se tenait caché, et, traversant le ruisseau, se glissa auprès de lui sans en être aperçu.
—Fagin! dit une voix tout près de son oreille.
—Ah! fit le juif se retournant vivement, est-ce vous?