—Oui, je suis un âne! reprit le docteur après un moment de réflexion. En supposant que c'eût été la même maison et les mêmes individus, que pouvais-je faire seul? . . . Et quand même encore j'aurais eu main-forte, je n'aurais fait que me vendre moi-même en divulguant la ruse que j'ai dû employer pour étouffer cette affaire. Et cependant c'eût été bien fait . . . Je m'enfonce toujours dans quelque bourbier en agissant ainsi d'après ma première impulsion, et je n'en retire aucun bien.
Le fait est que cet excellent homme n'avait jamais de sa vie agi autrement; et que, loin de s'enfoncer dans un bourbier comme il le disait lui-même, la nature de l'impulsion qu'il suivait était telle, qu'il s'était acquis le respect et l'estime de tous ceux qui le connaissaient.
Comme Olivier connaissait le nom de la rue où demeurait M. Brownlow, ils y allèrent tout droit, sans chercher, et quand la calèche tourna le coin de la rue, le cœur de l'enfant battit si fort qu'il pouvait à peine respirer.
—Maintenant, mon garçon, quelle maison est-ce? demanda M. Losberne.
—Là! . . . là! Celle-ci! . . . La maison blanche! s'écria Olivier mettant vivement la tête à la portière de la voiture. Oh! vite, vite, je vous prie! . . . Je sens que j'en mourrai de joie. J'en suis tout tremblant.
—Patience! patience! dit le bon docteur lui donnant un petit coup sur l'épaule. Tu les verras tout à l'heure, et ils seront ravis de te voir sain et sauf.
—Oh! je crois bien, répliqua Olivier, ils ont été si bons pour moi, si vous saviez, Monsieur!
La voiture s'arrêta: car ce n'était point cette maison. Elle avança quelques pas et s'arrêta encore. Des larmes de joie s'échappèrent des yeux de l'enfant comme il regardait aux fenêtres. Hélas! la maison blanche était déserte, et un écriteau portant ces mots: A louer, était appendu au-dessus de la porte.
—Frappez à l'autre porte, cocher! dit M. Losberne passant son bras dans celui d'Olivier.
—Qu'est devenu M. Brownlow, qui habitait la maison voisine, savez-vous? demanda-t-il à la domestique qui vint ouvrir.