—Je ne sais pas, répondit celle-ci; mais je vais m'en informer. Elle vint bientôt dire que M. Brownlow avait vendu son mobilier, il y avait à peu près dix semaines, et qu'il était ensuite parti pour les Indes occidentales.
—A-t-il emmené avec lui sa femme de charge? demanda M. Losberne après avoir réfléchi un instant.
—Oui, Monsieur, répondit le domestique. Il a emmené sa femme de charge et un monsieur de ses amis . . . Ils sont partis tous trois le même jour.
—Alors, droit à la maison, cocher! dit M. Losberne, et ne vous arrêtez pour faire rafraîchir vos chevaux que quand nous serons hors de ce maudit Londres.
—Et le libraire, Monsieur? dit Olivier. Je sais où il demeure . . . Allons-y, je vous en prie!
—Mon pauvre enfant, reprit le docteur, c'est assez de désappointements en un jour. Assez comme cela pour toi et pour moi. Si nous allons chez le libraire, je ne doute pas qu'il ne soit mort, ou que sa maison n'ait été incendiée, ou bien qu'il n'ait pris la fuite. Non, tout droit au logis! Et, conformément à la première impulsion du docteur, ils s'en retournèrent à la maison.
Cette circonstance ne produisit pourtant aucun changement dans la conduite de ses bienfaiteurs envers lui. Une quinzaine s'était passée depuis, et, avec elle les beaux jours étant venus, on se disposa à quitter pour quelques mois la maison de Chertsey. En conséquence, ayant envoyé chez leur banquier l'argenterie qui avait excité si fort la cupidité du juif, et ayant laissé Giles et un autre domestique à la maison pour en prendre soin pendant leur absence, nos deux dames partirent pour leur maison de campagne, à quelques lieues de là, emmenant Olivier avec elles.
C'était une campagne charmante que celle où ils s'étaient retirés; et Olivier, peu accoutumé à un séjour aussi délicieux, semblait commencer une nouvelle vie.
Chaque matin, il se rendait près de l'église chez un vieillard en cheveux blancs, qui lui apprenait à lire et à écrire, et qui se donnait vraiment tant de peine qu'Olivier ne pouvait jamais trop faire pour le contenter. Ensuite il faisait un tour de promenade avec ses bienfaitrices; et si l'on s'asseyait pour faire une lecture, il écoutait avec une si grande attention, que la nuit eût pu venir qu'il ne s'en serait pas aperçu. Après cela, c'était sa leçon qu'il fallait préparer pour le lendemain; et alors il s'enfermait dans une petite salle qui donnait sur le jardin, et il étudiait jusqu'au soir, où on faisait une seconde promenade.
Tous les jours, dès six heures du matin, il était sur pied, parcourant les champs et cueillant des fleurs dont il faisait des bouquets qu'il mettait sur la table, à l'heure du déjeuner. Il rapportait aussi du mouron pour les oiseaux de mademoiselle Maylie, et en décorait les cages avec un soin tout particulier. Quand il avait fini, il y avait ordinairement quelque petite commission à faire dans le village, quelque acte de charité à exécuter de la part de ces dames. Ou bien il s'amusait dans le jardin à cultiver les plantes que le clerc du village, qui était jardinier, lui avait appris à connaître; et sur ces entrefaites, arrivait mademoiselle Rose, qui ne manquait jamais de le complimenter sur tout ce qu'il avait fait, et qui l'en récompensait toujours par un gracieux sourire.