C'est ainsi que trois mois se passèrent: trois mois de félicité pour Olivier, dont la vie n'avait été jusqu'alors qu'une suite continuelle de chagrins et de tourments.
XXXII. —Un incident imprévu vient troubler le bonheur de nos trois amis.
L'été succéda bientôt au printemps; et la campagne, qu'Olivier avait trouvée si belle à son arrivée au village, déployait alors ses richesses et se montrait dans toute sa beauté. La terre avait revêtu son manteau de verdure et exhalait ses plus doux parfums.
Un soir qu'ils venaient de faire une promenade plus longue que de coutume, Rose, qui avait été enjouée tout le long du chemin, s'assit à son piano. Après avoir promené machinalement ses doigts sur le clavier pendant quelque temps, elle joua un air langoureux, et madame Maylie crut l'entendre sangloter.
—Rose! . . . ma bonne amie! dit cette dame.
La jeune fille garda le silence, mais joua un peu plus vite, comme si la voix de la bonne dame l'eût tirée d'une pénible rêverie.
—Rose! ma bien-aimée! s'écria celle-ci se levant précipitamment de sa chaise et s'approchant de la jeune fille: qu'as-tu? Ton visage est baigné de pleurs! . . . Dis-moi, qui a pu te faire de la peine?
—Rien, ma tante, je vous assure, dit Rose. Je ne sais pas en vérité ce que j'ai; mais je me sens si abattue ce soir!
—Serais-tu malade, mon ange? demanda madame Maylie.
—Oh! non, je ne suis pas malade? répondit Rose en frissonnant somme si un froid mortel l'eût saisie tout à coup. Du moins ce ne sera rien. Je serai mieux tout à l'heure. Fermez la fenêtre, je vous prie.