—Comment se fait-il que vous soyez venus? demanda-t-il à Fagin. Quel mauvais vent vous a soufflés ici?

—Ce n'est pas un mauvais vent, mon cher, répondit le juif, car un mauvais vent ne souffle jamais rien de bon pour qui que ce soit, et je vous ai apporté quelque chose de bon qui vous réjouira la vue. Matois, mon ami, défais ce paquet, et donne à Guillaume ces petites friandises pour lesquelles nous avons dépensé tout notre argent ce matin.

A la demande de Fagin, le Matois, dénouant le paquet, qui formait un assez gros volume et qui était enveloppé d'une vieille nappe, passa les objets qu'il contenait, un par un, à Charlot Bates, qui en fit l'éloge en même temps qu'il les posa sur la table.

—Ah! fit le juif se frottant les mains avec un air de satisfaction, voilà, j'espère, de quoi vous remettre! Ça va vous rétablir, ça, Guillaume!

—Tout cela est bel et bon, dit celui-ci; mais il me faut de la bille ce soir même!

—Je n'ai pas une seule pièce de monnaie sur moi, reprit le juif.

—Vous en avez chez vous à remuer à la pelle, répliqua Sikes, et c'est de là qu'il m'en faut!

—À remuer à la pelle! y pensez-vous? s'écria le juif levant les mains au ciel. Le peu que j'ai ne pourrait pas suffire à . . ...

—Je ne sais pas combien vous avez, et je pense bien que vous auriez de la peine à le savoir vous-même, d'autant plus que ça vous demanderait du temps à compter, dit Sikes. Tout ce que je sais, c'est qu'il m'en faut ce soir: c'est positif, cela!

—C'est bien, cela suffit, dit le juif avec un soupir; j'enverrai le Matois tout à l'heure.