—C'est à M. Brownlow que j'ai l'honneur de parler? dit Rose s'adressant à ce dernier.
—Oui, Mademoiselle, répondit le vieux monsieur, et voici mon ami M. Grimwig. Grimwig, voulez-vous bien nous laisser pour quelques minutes?
—Je crois, observa Rose, qu'à ce point de notre entrevue Monsieur peut fort bien rester avec nous. Si je suis bien informée, il n'est pas étranger à l'affaire qui m'amène près de vous.
M. Brownlow fit une inclination de tête; et M. Grimwig, qui avait fait un salut très roide, s'étant levé de sa chaise, fit un autre salut très roide et se rassit.
—Je vais bien vous surprendre, sans doute, dit Rose un peu embarrassée; mais vous avez jadis témoigné beaucoup d'intérêt et d'affection à un de mes jeunes amis, et je suis sûre que vous ne serez pas fâché d'en avoir des nouvelles.
—Vraiment! dit M. Brownlow. Puis-je savoir son nom?
—Olivier Twist, répliqua Rose.
À peine eut-elle prononcé ce nom, que M. Grimwig, qui s'était mis à parcourir un gros livre qui était sur la table, le referma brusquement; et se laissant retomber sur le dos de sa chaise, il laissa voir sur son visage les signes de la plus grande surprise.
L'étonnement de M. Brownlow ne fut pas moins grand, quoiqu'il ne le fit pas paraître d'une manière aussi excentrique. Il approcha sa chaise de celle de Rose, et dit:
—Faites-moi la grâce, ma chère demoiselle, de passer sous silence cette bienveillance et cette bonté dont vous parlez et dont personne autre ne se doute; et s'il est en votre pouvoir de me désabuser quant à l'opinion défavorable que j'ai dû concevoir de ce pauvre enfant, au nom du ciel faites-le sur-le-champ!