—Oui; mais c'est cher! dit Fagin. Un homme ne peut faire autrement que de vider des poches, des ridicules, des maisons, des carrosses et même la Banque, s'il veut en boire à tous ses repas.

A ces paroles, Noé se laissa retomber sur le dos de sa chaise, et regarda alternativement Fagin et Charlotte.

—Que cela ne vous effraie pas, mon cher! dit Fagin se rapprochant de Noé. Ha! ha! c'est bien heureux que je sois le seul qui vous ait entendu par le plus grand des hasards.

—Ce n'est pas moi qui ai pris la banknote! balbutia Noé n'allongeant plus ses jambes comme un homme indépendant, mais les fourrant du mieux qu'il put sous sa chaise c'est elle qui a fait le coup. Tu l'as encore sur toi, Charlotte; tu ne peux pas dire le contraire.

—Peu importe qui a fait le coup ou qui a l'argent, mon cher, reprit le juif fixant cependant ses yeux de faucon sur la jeune fille et sur les deux paquets. Je suis moi-même dans la partie, et je ne vous en aime que plus pour cela.

—Dans quelle partie voulez-vous dire? demanda le sieur Claypole un peu plus rassuré.

—Dans la même branche de commerce, repartit Fagin. Ainsi sont les gens de cette maison. Vous êtes tombé ici comme Mars en carême, mon cher! . . . Il n'y a pas dans Londres un endroit plus sûr que les Trois-Boiteux; . . . surtout si je vous prends sous ma protection . . . Et comme vous et cette jeune femme m'inspirez de l'intérêt, vous pouvez vous tranquilliser; je puis vous assurer qu'il n'y a rien à craindre.

Noé Claypole eût dû en effet se tranquilliser d'après cette assurance; mais si son esprit était plus à l'aise, son corps ne l'était certainement pas: car il se tordit de mille manières sur sa chaise et il prit différentes positions toutes plus bizarres les unes que les autres, regardant tout le temps son nouvel ami avec un air de défiance et de crainte tout à la fois.

—Je vous dirai plus, repartit le juif après être parvenu à rassurer la fille à force de signes de tête et de protestations d'amitié: j'ai un mien ami qui pourra satisfaire le désir que vous venez d'exprimer en vous lançant dans la bonne voie; vous laissant le maître, bien entendu, de choisir d'abord la partie qui vous conviendra le mieux, et se réservant le soin de vous enseigner les autres.

—Vous dites cela comme si vous parliez sérieusement, reprit Noé.