—C'est la confiance mutuelle que nous avons l'un envers l'autre qui me console et me dédommage pour ainsi dire des pertes douloureuses que je fais quelquefois, poursuivit Fagin. Mon meilleur sujet . . . mon bras droit m'a été ravi hier matin.

—Vous voulez dire qu'il est mort sans doute? reprit le sieur Bolter.

—Non pas, reprit Fagin, pas si mal que cela . . . pas tout à fait si mal.

—Que peut-il donc lui être arrivé?

—Ils ont eu besoin de lui, répliqua le juif; ils ont jugé à propos de le retenir.

—Pour affaires importantes peut-être? demanda le sieur Bolter.

—Non, reprit le juif; ils prétendent qu'ils l'ont vu mettre la main dans la poche d'un monsieur. Ils l'ont fouillé comme de raison, et ils ont trouvé sur lui une tabatière d'argent . . . la sienne, mon cher, la sienne à lui, car il adorait le tabac en poudre et il en prenait habituellement. Ils l'ont gardé jusqu'aujourd'hui, prétendant connaître l'individu à qui appartient cette bagatelle . . .. Ah! il valait bien cinquante tabatières comme celle-là; et j'en donnerais, s'il était en mon pouvoir, la valeur avec le plus grand plaisir pour le ravoir auprès de moi! Je voudrais que vous eussiez connu le Matois, mon cher; je voudrais que vous l'eussiez connu!

—Faut espérer que je le connaîtrai, dit le sieur Bolter.

—Ah! j'en doute fort, répliqua le juif avec un soupir. S'ils n'obtiennent point de nouvelles preuves à l'appui de cette accusation, ce ne sera pas grand-chose et il reviendra dans six semaines ou deux mois au plus tard; sans quoi ils sont dans le cas de l'envoyer au pré comme pensionnaire. Ils connaissent bien tout ce qu'il vaut, et ils en feront un pensionnaire.

—Qu'entendez-vous par pré et pensionnaire? demanda le sieur Bolter. A quoi bon me parler de cette manière, puisque je ne comprends pas!