—Oui, Noé! reprit madame Bolter tendant sa main à Fagin.

—Elle m'appelle Noé comme par manière d'amitié, dit M. Maurice Bolter (ci-devant Noé Claypole) s'adressant à Fagin. Vous comprenez?

—Oui, oui, je comprends . . . parfaitement, reprit le juif disant la vérité pour cette fois. Bonsoir! bonsoir!

XLII. —Le Matois se fait de mauvaises affaires.

—Ainsi c'était vous-même qui étiez votre ami? dit le sieur Claypole, autrement Bolter, quand, par suite de leurs conventions, il fut allé le lendemain demeurer chez le juif; je m'en serais presque douté hier.

—Tout homme est son propre ami à lui-même, reprit le juif avec un sourire insinuant; il ne peut nulle part en trouver de meilleur.

—Excepté quelquefois, pourtant, dit Maurice Bolter se donnant des airs d'un homme du monde. Il y a des gens, vous savez, qui sont leurs ennemis à eux-mêmes.

—Ne croyez pas cela, dit le juif. Lorsqu'un homme est son propre ennemi, c'est seulement parce qu'il est beaucoup trop son ami, et non parce qu'il prend plus les intérêts des autres que le sien propre. Bah! c'te bêtise! ce ne serait pas naturel d'ailleurs.

—C'est encore vrai, reprit M. Bolter d'un air pensif; oh! vous êtes un vieux malin!

M. Fagin vit avec un certain plaisir l'impression qu'il avait produite sur le sieur Bolter. Pour en augmenter l'effet, il l'instruisit de l'état de ses affaires et de ses opérations de commerce, mêlant si bien la fiction à la vérité, que le respect et la crainte qu'il avait inspirés à ce digne jeune homme s'accrurent visiblement.