Puis le juif et son nouvel associé se mirent à passer en revue toutes les façons de voler connues et inconnues. À chaque proposition, le sieur Claypole trouvait toujours l'objection: tantôt le genre de commerce était trop dangereux, car, nous l'avons dit, la bravoure n'était pas dans les qualités dominantes de ce héros; tantôt il ne rapportait pas assez, et la rapacité de Noé ne se trouvait pas satisfaite; et, s'il y avait quelque chose de difficile à satisfaire, c'était bien cette rapacité; car, si le sieur Claypole eût été partagé en deux, nous croyons que la gourmandise se serait emparée du côté droit et l'avarice du côté gauche, côté du cœur. Enfin il trouva un genre d'occupation à sa fantaisie, il fut convenu qu'il ferait les moutards.
—Qu'est-ce que c'est que ça? demanda-t-il.
—Les moutards sont les jeunes enfants qui vont faire les commissions. Ils ont presque toujours un shilling ou une pièce de six sous à la main, on les culbute, on prend leur argent et on passe son chemin.
—Ah! ah! voilà mon affaire.
—Eh bien! c'est convenu! dit Noé voyant que Charlotte était rentrée sur ces entrefaites. À quelle heure demain?
—A dix heures, cela vous va-t-il? demanda le juif. Et quand le sieur Claypole eut fait un signe de tête affirmatif, il ajouta:
—Sous quel nom faudra-t-il que je parle de vous à mon ami?
—M. Bolter, répondit Noé, qui avait prévu la question et qui s'était préparé à y répondre, M. Maurice Bolter. Voici madame Bolter, poursuivit-il en montrant Charlotte.
—Serviteur à madame Bolter! dit Fagin faisant un salut grotesque. J'espère avant peu avoir l'avantage de la mieux connaître.
—Entends-tu ce que dit Monsieur, Charlotte?