A peine avait-il dit ces mots, que Nancy reparut dans la chambre, et revint s'asseoir à sa place. Elle avait dû pleurer, car ses yeux étaient rouges et gonflés. Elle s'agita d'abord sur sa chaise, et, un instant après, elle partit d'un éclat de rire.
—La voilà qui rit maintenant! s'écria Sikes se tournant d'un air surpris vers son compagnon.
Le juif lui fit signe de ne pas y faire attention, et Nancy devint bientôt plus calme. Ayant dit tout bas à Sikes qu'il n'y avait pas à craindre maintenant qu'elle retombât, et qu'il pensait bien que c'était fini, Fagin prit son chapeau et souhaita le bonsoir à ses deux amis. Arrivé près de la porte, il s'arrêta, et jetant un regard autour de lui, il demanda si quelqu'un ne voulait pas l'éclairer pour descendre.
—Eclaire-le, Nancy, dit Sikes bourrant sa pipe, ce serait dommage s'il venait à s'casser l'cou; il priverait les assistants du plaisir de le voir pendre.
Nancy prit la chandelle et accompagna le vieillard jusqu'au bas de l'escalier. Lorsqu'ils eurent atteint le passage d'entrée, le juif, posant son doigt sur ses lèvres, dit tout bas à l'oreille de la jeune fille:
—Qu'y a-t-il donc, Nancy, hein?
—Que voulez-vous dire? reprit celle-ci sur le même ton.
—Quelle est la cause de tout ceci? demanda Fagin. Si ce gros brutal se conduit indignement envers toi, ajouta-t-il en montrant du doigt l'étage supérieur, pourquoi ne pas? . . .
—Quoi donc? dit celle-ci voyant que Fagin n'achevait point sa phrase et qu'il la regardait attentivement.
—N'importe! reprit celui-ci. Nous reparlerons de cela une autre fois. Tu as en moi un ami, Nancy, un véritable ami. J'ai les moyens de faire bien des choses! Quand tu voudras te venger de celui qui te traite comme un chien, quand je dis comme un chien, pis qu'un chien, car il flatte le sien quelquefois, viens me trouver, entends-tu, Nancy? ce n'est qu'un oiseau de passage, lui; tandis que moi, Nancy, tu me connais depuis longtemps . . . depuis bien longtemps.