—Je vous connais bien, dit la fille sans faire paraître la moindre émotion. Bonsoir!
Tout en regagnant sa demeure, Fagin donna un libre cours aux pensées qui occupaient son esprit. Depuis quelque temps il avait conçu l'idée que Nancy, lassée de la brutalité du brigand, voulait le laisser. L'objet de cette nouvelle affection n'était point parmi ses mirmidons à lui . . . Ce serait une bonne acquisition à faire avec un tel partenaire que Nancy, pensait Fagin; il fallait donc se les assurer tous deux au plus tôt.
—Avec un peu de persuasion, pensait Fagin, quel motif plus puissant pourrait déterminer cette fille à empoisonner Sikes? . . . D'autres l'ont fait avant elle, et ont même fait pis . . .
Il se leva de bonne heure le lendemain et attendit avec impatience l'arrivée de son nouveau compagnon, qui, après un certain laps de temps, se présenta enfin et commença par attaquer furieusement les vivres.
—Bolter! dit le juif prenant une chaise et s'asseyant en face de Noé.
—Eh bien! me voilà! qu'est-ce que vous me voulez? reprit celui-ci. Ne me donnez rien à faire avant que j'aie fini de déjeuner; c'est assez l'habitude dans cette maison: on n'a jamais le temps de manger!
—Vous pouvez parler en mangeant, n'est-ce pas?
—Oh! sans doute, je n'en mange que mieux quand je parle, reprit Noé coupant une énorme tranche de pain. Où est Charlotte?
—Elle est sortie, dit Fagin, je l'ai envoyée dehors ce matin avec l'autre jeune fille, parce que j'avais besoin d'être seul avec vous.
—Vous auriez dû lui dire de me faire des rôties au beurre auparavant, repartit Noé . . . Eh bien! parlez toujours, parlez, vous ne m'interromprez pas.