Monks regarda le vieux monsieur d'un air inquiet; mais, ne voyant sur son visage que l'expression de la sévérité et de la détermination, il fit quelques pas dans la salle en haussant les épaules, et finit par s'asseoir.

—Fermez la porte en-dehors, dit M. Brownlow aux deux hommes.

Ceux-ci obéirent, et M. Brownlow resta seul avec Monks.

—Voilà de jolis procédés, Monsieur, en vérité, de la part d'un ancien ami de mon père! dit Monks.

—C'est justement parce que j'étais l'intime ami de votre père, reprit M. Brownlow; c'est justement parce que l'espoir de mes jeunes années m'attachait à lui, et que sa sœur, qui est morte le jour même que je devais l'épouser, m'a laissé seul sur cette terre; c'est parce que, encore enfant, il s'est agenouillé avec moi auprès du lit de mort de cet ange de douceur et de bonté qu'il a plu à Dieu de retirer de ce monde à la fleur de son âge; c'est parce que, depuis ce moment, j'ai voué à votre père une amitié que ni ses chagrins ni ses malheurs, n'ont jamais refroidie et qui a duré jusqu'à sa mort; c'est parce que ces souvenirs du passé remplissent mon cœur, que je me sens disposé à vous traiter avec égards.

—Et qu'a de commun mon nom avec ce que vous avez à me dire?

—Rien pour vous, jeune homme, repartit celui-ci, rien pour vous, sans doute; mais beaucoup pour moi, et je suis charmé que vous en ayez pris un autre.

—Tout cela est bel et bon, dit Monks d'un air effronté, tout cela est fort beau, mais où voulez-vous en venir?

—Vous avez un frère, dit avec chaleur M. Brownlow, un frère dont le nom seul, prononcé tout bas à votre oreille quand j'étais derrière vous dans la rue, a suffi pour me faire: suivre de vous malgré la répugnance que vous aviez à le faire.

—Je n'ai point de frère! reprit Monks. Vous n'ignorez pas que je suis fils unique.