—Tu n'étais pas éveillé il y a une heure? demanda le juif d'un air égaré.
—Non, Monsieur, bien sûr! reprit Olivier.
—En es-tu bien sûr? s'écria le juif donnant à son regard une expression encore plus farouche et prenant une attitude menaçante.
—Oui, oui, Monsieur, ma parole d'honneur, répliqua l'enfant avec empressement; je vous assure que je n'étais pas éveillé; bien vrai, bien vrai!
—Tais-toi, tais-toi, mon ami! dit le juif reprenant tout à coup ses manières ordinaires et faisant semblant de jouer avec le couteau avant de le remettre sur la table, pour donner à entendre qu'il ne l'avait pris que par badinage. Sans doute, je savais bien cela, mon ami; aussi c'était seulement pour te faire peur, histoire de rire. —Sais-tu que tu es brave, mon garçon! Ah! ah! tu es un brave, Olivier! (Disant cela, il frottait ses mains en ricanant, tout en regardant la boite avec inquiétude cependant.) Alors, posant sa main sur le couvercle, il ajouta, après un moment de silence:— As-tu vu quelques-unes de ces jolies choses, mon ami?
—Oui, Monsieur, répondit Olivier.
—Ah! fit le juif changeant de couleur, ce . . . sont . . . c'est . . . mon petit avoir, Olivier; c'est ma propriété, c'est tout ce que j'ai pour me retirer sur mes vieux jours. Le monde dit que je suis avare, oui, mon ami, seulement avare, rien que cela.
Olivier pensa que le vieux monsieur devait être avare en effet pour vivre dans un endroit si sale avec tant de montres; mais, s'imaginant que sans doute sa tendresse pour le fin Matois et les autres garçons lui coûtait beaucoup d'argent, il n'en eut que plus d'estime pour lui, et lui demanda respectueusement s'il pouvait se lever.
—Certainement, mon ami! certainement! répondit le vieux juif, attends! il y a une cruchée d'eau là, dans le coin, derrière la porte; apporte-la ici, je m'en vais te donner une cuvette pour te laver.
Olivier se leva, traversa la chambre et se baissa pour prendre la cruche; quand il se retourna la boîte avait disparu.