—Retirez-vous de là, officier de police, s'écria Fang d'un air brutal, et qu'il tombe si cela lui plaît.

Olivier profita de l'obligeante permission, et tomba évanoui sur le plancher. Les hommes de service, dans la salle, se regardèrent les uns les autres, mais pas un seul n'osa bouger.

—Je savais bien qu'il le faisait exprès, dit Fang (comme si cet accident eût été pour lui la preuve incontestable de ce qu'il avançait), il en sera bientôt las.

—Qu'allez-vous prononcer, Monsieur? demanda à voix basse le greffier.

—Le condamner sommairement, dit Fang, à trois mois de prison, et au tread-mill, [5] bien entendu. Evacuez la salle!

La porte était déjà ouverte à cet effet, et deux hommes se préparaient à porter dans la prison le pauvre Olivier, qui n'avait pas encore repris ses sens, lorsqu'un homme d'un certain âge et d'un extérieur décent, quoique pauvre, à en juger par ses habits noirs un tant soit peu râpés, se précipita dans la salle; et s'approchant de la barre:

—Arrêtez! dit-il tout hors d'haleine, et sans se donner le temps de respirer, ne l'emmenez pas! suspendez le jugement!

Malgré la mauvaise humeur et les grossièretés du juge Fang, il lui fallut écouter le témoin. C'était le libraire; il avait tout vu, il raconta le fait, et Olivier fut remis en liberté. M. Brownlow était indigné de la conduite de Fang. Il voulut protester, mais on le jeta hors de la salle. Une pâleur mortelle couvrait les joues d'Olivier; à peine il pouvait se tenir. Le compatissant vieillard fit approcher un fiacre, et, ayant déposé l'enfant sur l'un des coussins, ils partirent.

XII. —Olivier est mieux traité qu'il ne l'a jamais été auparavant. —Particularité concernant un portrait.

Le fiacre roula le long de Mont-Plaisir, gagna la rue d'Exmouth, parcourant à peu près le même chemin qu'Olivier avait dû prendre la première fois qu'il entra à Londres en compagnie du Matois; et, prenant une route différente quand il eut atteint la taverne de l'Ange, à Islington, il s'arrêta enfin devant une petite maison de belle apparence, dans une rue bourgeoise et retirée de Pentonville. Là, sans perdre de temps, on prépara un lit dans lequel M. Brownlow fit placer le pauvre enfant, qui fut gardé avec une sollicitude et une tendresse sans égale.