Quand le Matois et son digne ami, maître Bates, se joignirent à ceux qui poursuivaient Olivier, en conséquence de leur attentat à la propriété de M. Brownlow, ils agissaient dans leur propre intérêt; car comme la liberté individuelle est la première chose dont se vante un Anglais de vraie race, je n'ai pas besoin de faire remarquer au lecteur que cette action doit les exalter aux yeux de tout bon patriote.
Ce ne fut que lorsque nos deux garçons eurent parcouru un labyrinthe de cours et de rues étroites qu'ils s'arrêtèrent d'un commun accord sous une voûte basse et sombre. Y étant restés en silence le temps juste qu'il leur fallait pour reprendre haleine, maître Bates poussa un cri de satisfaction et de joie; et, partant d'un grand éclat de rire, il se laissa tomber sur le seuil d'une porte et s'en donna à cœur joie.
—Qu'est-ce qu'y a? demanda le Matois.
—Ah! ah! ah! fit Charlot.
—Tu vas te taire, dit le Matois, regardant autour de lui avec précaution. As-tu envie de nous faire pincer, animal?
—C'est plus fort que moi, dit Charlot; j'peux pas m'en empêcher, quoi! Y m'semble encore le voir courir et s'rendre dans les poteaux au détour des rues, puis, comme s'il était de fer aussi bien qu'eux, de r'prendre ses jambes à son cou comme de plus belle, et moi, avec l'blavin dans ma poche, criant après lui comme les autres; ah! Dieu, s'il est possible! . . .
L'imagination active de maître Bates lui représentait la scène sous des couleurs trop fortes; quand il en fut à ce point de son discours, il se roula sur le seuil de la porte, et se mit à rire encore plus fort qu'auparavant.
—Qu'est-ce que va dire Fagin? demanda le Matois, profitant pour cela du moment où son ami, n'en pouvant plus, gardait le silence.
—Quoi? reprit Charlot.
—Oui, quoi? dit le Matois.