—Eh bien! répliqua. Charlot un tant soit peu frappé de la manière avec laquelle le Matois fit cette remarque, qu'est-ce qu'y peut dire?
Le Matois, en guise de réponse, s'amusa à siffler, puis il ôta son chapeau et se gratta la tête en faisant deux ou trois grimaces.
—Je n'te comprends pas, dit Charlot.
—Tra de ri de ra . . . c'est la mère Michel qu'a perdu son . . . fit le Matois d'un air goguenard.
Ceci était explicatif, mais non pas satisfaisant. Maître Bates le sentit bien, et demanda à son ami ce qu'il voulait dire.
Le Matois ne répondit rien; mais, donnant un léger coup de tête pour remettre son chapeau en place, et prenant sous ses bras les longs pans de son habit, il se fit une bosse à la joue avec sa langue, se donna quelques chiquenaudes sur le nez d'un air familier, mais expressif, et faisant une pirouette, il s'élança dans la cour. Maître Bates le suivit d'un air pensif. Le bruit de leurs pas sur les marches du vieil escalier attira l'attention du juif assis en ce moment devant le feu, un cervelas et un petit pain dans sa main gauche, un couteau dans sa droite et un pot d'étain sur le trépied. On eût pu apercevoir un ignoble sourire sur sa figure blême, quand il se détourna pour écouter attentivement, penchant l'oreille vers la porte, et jetant un regard fauve de dessous ses sourcils rouges.
—Comment cela se fait-il? murmura-t-il changeant de contenance, ils ne sont que deux maintenant! Où est le troisième? Leur serait-il arrivé quelque chose? Ecoutons!
Les pas se firent entendre plus distinctement. Les deux jeunes messieurs atteignirent le palier, la porte s'ouvrit lentement et elle se referma derrière eux.
—Où est Olivier? dit le juif d'un air furieux, qu'avez-vous fait de cet enfant?
Les jeunes filous se regardèrent l'un l'autre d'un air embarrassé, comme s'ils redoutaient la colère du juif; mais ils gardèrent le silence.