—J'ai bien peur, dit le juif, qu'il ne nous fasse de mauvaises affaires s'il vient à jaser.

—C'est encore possible, reprit Sikes avec un malin sourire; vous êtes flambé, Fagin!

—Et j'ai bien peur aussi, poursuivit le juif regardant l'autre fixement, sans paraître faire attention à la remarque qu'il venait de faire, j'ai bien peur que, si la mèche est découverte pour moi, elle ne le soit aussi pour bien d'autres, et ça deviendrait du vilain pour vous encore plus que pour moi, mon cher Sikes.

—Il faut que quelqu'un aille savoir ce qui s'est passé au bureau de police, dit Sikes d'un ton plus bas que celui qu'il avait pris depuis qu'il était entré.

Le juif fit un signe d'approbation.

—S'il n'a pas jasé et qu'il soit en prison, n'y a pas d'danger jusqu'à c'qu'y sorte, reprit Sikes, et alors y n'faut pas l'perdre de vue. Faut mettre la main dessus d'une façon ou d'autre.

Le juif fit un nouveau signe de tête approbatif.

La prudence de ce plan de conduite était évidente, sans aucun doute; mais malheureusement il y avait un obstacle à surmonter pour le mettre à exécution: c'est que le Matois, Charlot, Fagin et Sikes lui-même se trouvaient avoir l'antipathie la plus grande pour approcher d'un bureau de police, pour quelque cause et quelque prétexte que ce fût.

Combien de temps ils auraient pu être là à se regarder les uns les autres dans un état d'incertitude rien moins qu'agréable, c'est ce qu'on ne peut savoir. Il n'est pas nécessaire, d'ailleurs, de faire aucune conjecture à ce sujet, car l'entrée subite de deux jeunes demoiselles qu'Olivier avait déjà vues auparavant ranima la conversation.

—Voilà justement notre affaire! dit Fagin. Betty ira, n'est-ce pas, ma chère?