Aussi la Rada centrale de Kiev, ne voulant à aucun prix reconnaître le gouvernement des Soviets qui vient de s’instaurer à Petrograd, proclame, le 20 novembre, au milieu de l’enthousiasme indicible de toute la population, dans le troisième Universal, la République ukrainienne fédérative. Le Secrétariat général engage des pourparlers avec les gouvernements qui se sont créés dans les nouveaux Etats érigés sur les ruines de l’Empire russe (Don, Kouban, Georgie et Sibérie) afin de les amener à une fédération. Mais le manque de communications et le désir de plus en plus prononcé dans l’armée de se séparer complètement de la Russie, oblige la Rada à renoncer à son projet et à envisager l’indépendance qui sera déclarée le 9 janvier 1918 par le quatrième Universal.
L’Ukraine veut rester fidèle à l’Entente
Tout le monde espère que l’Ukraine va pouvoir enfin se livrer en toute tranquillité aux deux missions qui lui incombent: travailler à l’organisation de son Etat et soutenir le front du Sud-Ouest, ainsi qu’elle le fait depuis la dernière offensive allemande du mois de juillet.
Il n’en devait rien être.
Dès le début de décembre, la France et l’Angleterre envoient leurs représentants près du Gouvernement de la nouvelle République, et peu après s’engagent des pourparlers d’abord officieux, puis officiels. Désireux de contrecarrer les pourparlers de paix qui venaient de commencer à Brest-Litovsk entre les Austro-Allemands et les Maximalistes, le général Tabouis, ancien attaché à l’Etat-Major russe du front Sud-Ouest, récemment nommé commissaire de la République Française en Ukraine, fait des avances au Secrétariat général ukrainien.
La capitale ukrainienne organise une jolie manifestation en l’honneur des missions militaires françaises et anglaises que les pourparlers russo-allemands ont obligées de quitter le front et qui viennent à Kiev demander au gouvernement de Vinnitchenko de continuer la guerre contre les puissances centrales. Les troupes ukrainiennes et le gouvernement les reçoivent officiellement.
Quelques jours après, la Rada centrale de Kiev publie un manifeste, constatant que depuis un mois qu’il est au pouvoir, le gouvernement des Soviets s’est montré incapable de gouverner, qu’il a amené partout la désorganisation, l’anarchie et la désagrégation du front; qu’enfin lâchement il vient de signer l’armistice. L’Ukraine se refuse à une telle lâcheté et à une telle traîtrise envers les Alliés.
En même temps, MM. Petlioura et Vinnitchenko déclarent à M. Pélissier, l’envoyé officiel de M. Noulens à Kiev, que les régiments ukrainiens combattront jusqu’au bout aux côtés des Alliés, mais que vu la décomposition croissante de l’Etat russe, il y aurait nécessité pour les Alliés d’aider l’Ukraine à s’organiser en Etat indépendant avec une armée nationale pour continuer la guerre contre l’Allemagne et empêcher l’anarchie de s’étendre. Ces déclarations furent publiées, à cette époque, en France, dans l’Information, en Russie, dans le Journal de Petrograd. A l’histoire de dire pourquoi l’Entente ne crut pas devoir seconder ces bonnes volontés.
Toujours à la même époque, le général Tabouis, ayant réuni au Consulat français les membres de la colonie française, donne l’assurance aux timorés que si les Allemands ou les Bolchevistes n’arrivent pas à Kiev avant un mois, le front ukrainien défiera tous les coups qui pourront lui être portés, que les soldats ukrainiens sont admirables de bravoure et de patriotisme.