Malheureusement, deux tendances commencent à se manifester au sein du secrétariat général.
Quelques secrétaires, bien qu’ententistes, estiment impossible pour l’Ukraine de continuer la guerre contre les Empires centraux. Les Bolcheviks ont en effet désorganisé l’armée qui déserte le front, brûlant et pillant tout sur son passage, et l’Ukraine n’a pas l’armée nationale que ses représentants ne cessent de demander, le regroupement des forces ukrainiennes sur le territoire de l’Ukraine n’ayant jamais été admis par le Grand Quartier Général Russe, ni par le Gouvernement de Petrograd. M. Vinnitchenko demande alors aux Alliés d’aider l’Ukraine à se mettre à l’abri de l’invasion étrangère, à se défendre contre les Bolcheviks et à organiser son armée nationale. Il manifeste en même temps le désir de voir reconnaître par l’Entente le Secrétariat général comme gouvernement actuel de l’Ukraine.
M. Galip, membre influent du parti Jeune Ukrainien et à ce moment-là directeur des Affaires politiques au Secrétariat des Affaires Etrangères, dépense une activité fébrile pour aboutir entre l’Entente, et surtout la France et l’Ukraine, à un accord qui permettrait à cette dernière de continuer la guerre malgré les obstacles qui surgissent de toutes parts.
M. Petlioura, secrétaire de la guerre, appuyé par le groupe Jeune-Ukrainien, auquel sont affiliés tous les officiers de l’Etat-Major du Secrétaire de la Guerre, le Commandant des troupes de Kiev et son Etat-Major, se déclare prêt à continuer jusqu’au bout la lutte contre l’Allemagne, non avec les troupes du front qui sont en pleine dissolution, mais avec une armée de 500.000 francs-cosaques, qui pourrait être recrutée parmi les paysans désireux de défendre leurs terres.
Pour montrer sa bonne volonté à l’égard des puissances de l’Entente, il refuse de reconnaître Krylenko comme généralissime de l’armée russo-ukrainienne, en remplacement du généralissime russe Doukhonine, assassiné à la Stavka de Mogilev par les Bolcheviks; il proclame front ukrainien le front qui s’étend de Brest-Litovsk à la frontière roumaine et en confie la défense au général Cherbatchef, jusqu’alors général en chef du front sud-ouest et signe l’ordre de désarmement général des Bolcheviks à Kiev et sur tout le territoire de l’Ukraine.
C’était le signal de la guerre entre l’Ukraine et les Bolcheviks, cette affreuse guerre qui n’est pas encore terminée à l’heure actuelle.
Ultimatum du gouvernement des Soviets russes
Pour commencer ses opérations contre la nouvelle République, le Gouvernement des Soviets n’attendait qu’une occasion. Il la trouve dans une dépêche chiffrée du Gouvernement français qu’il intercepte et publie dans les journaux de Petrograd.
Sous prétexte que le Gouvernement ukrainien a entamé des pourparlers secrets avec les Alliés et notamment avec la mission française dans l’intention de «saboter la cause de la paix» et d’empêcher celle-ci d’aboutir immédiatement, il lui envoie un ultimatum et commence aussitôt l’attaque contre l’Ukraine en faisant «donner» les Bolcheviks russes qui se trouvaient à Kiev, en attendant que les troupes régulières franchissent la frontière.