Deux délégations partent de Kiev; l’une dont faisait partie M. Sydorenko, actuellement président de la Délégation ukrainienne à la Conférence de la Paix, pour Jassy; l’autre, pour Odessa où déjà se trouvent les délégations du Don, de Kouban et de la Ruthenie Blanche. Elles veulent unir leurs efforts pour trouver un terrain d’entente avec les Alliés. Mal informées, les autorités militaires françaises prennent des mesures pour que la délégation d’Odessa ne puisse repartir pour Kiev, ni communiquer avec le Directoire.
Sans nouvelle de ses deux délégations, le Directoire s’inquiète de l’invasion bolcheviste qui menace l’Ukraine: déjà des bandes de Chinois et de Lettons à la solde de Lénine opèrent des dépravations à Bogoutchar, puis à Koupiansk. Renforcées de Bolcheviks réguliers, elles avancent vers Kharkov. Le Directoire envoie une délégation à Moscou, demander des explications. Il lui est répondu que Moscou n’est pas en guerre avec l’Ukraine et que les bandes signalées n’ont rien de commun avec les Bolcheviks réguliers.
Connaissant la situation très précaire de l’Ukraine placée entre le feu des Polonais à l’ouest, l’armée de l’Entente qui débarque à Odessa sans dire dans quelles intentions, et les Bolcheviks qui viennent du nord et de l’est et sachant qu’au sein du Directoire, tous les membres ne sont pas contraires à une alliance avec la République des Soviets, ceux-ci nomment une délégation qui part de Moscou pour Kiev. Mais elle est arrêtée à Orsha, le Directoire ne l’autorisant pas à pénétrer sur le territoire ukrainien tant que les troupes soviétistes n’auront pas été retirées au delà de la frontière ukrainienne.
Une nouvelle délégation composée de MM. Matsievitch et Margoline, part pour Odessa dans le but de demander aux Alliés leur secours contre les Bolcheviks. Elle n’obtient aucun résultat.
Pendant ce temps, les troupes bolcheviques bien instruites, bien disciplinées et bien armées avancent en Ukraine dont elles veulent à tout prix s’emparer avant l’avance des armées de l’Entente.
Ne recevant aucune nouvelle d’Odessa, ni de la première ni de la deuxième délégation, le Directoire envoie à Birsula, pour hâter les pourparlers et sauver Kiev, MM. Ostapenko, ministre du Commerce et Grekov, ministre de la Guerre qui se rencontrent avec le colonel Freydenberg, chef d’Etat-Major du général d’Anselme, le capitaine Langeron et le lieutenant Villaine. Les pourparlers donnent lieu à un échange de télégrammes entre le commandement français d’Odessa et le Directoire de Kiev à la suite duquel le Gouvernement ukrainien accepte toutes les propositions qui lui sont faites à l’exception d’une seule: le renvoi à Odessa des agents germanophiles et des anciens ministres arrêtés pour crimes de lèse-nation envers l’Ukraine et pour délit de droit commun et de ce fait déférés devant un tribunal composé de douze juges ayant tous exercé leurs fonctions sous l’ancien régime.
Parce que cette clause n’est pas acceptée, les pourparlers sont immédiatement interrompus et l’Ukraine est laissée dans la situation la plus poignante. Soupçonnée de Bolchevisme, alors qu’elle s’épuise à le combattre, elle voit depuis ce jour les meilleurs de ses fils mourir sous les balles de ceux qui devraient seconder sa bravoure et sa courageuse défense.
Mon retour en France
L’arrivée prochaine des Bolcheviks à Kiev, m’oblige à mettre les miens en sécurité et me fait songer à revenir en France. D’autant plus que quelques jours avant, M. Cerkal, le courrier de M. Henno, qui faisait depuis un mois la navette entre Odessa et Kiev, m’avait informé qu’il fallait renoncer pour l’instant à toute nouvelle œuvre de propagande française et même à celles déjà existantes. Il ne reste d’ailleurs presque plus de Français, ni de Françaises dans la capitale ukrainienne.