Les statistiques polonaises ne sont pas plus exactes, car elles enregistrent comme Polonais tous les Juifs habitant le territoire ukrainien et tous les Ukrainiens professant la religion catholique. Or, le chiffre des Ukrainiens catholiques dépasse 500.000 et personne n’ignore que les Juifs vivent fort nombreux en Ukraine et surtout en Galicie.

On voit dès lors quelle confiance il faut accorder aux statistiques provenant de ces deux sources.

Le peuple ukrainien fait partie de la grande famille slave, mais diffère essentiellement des Russes et des Polonais qui appartiennent à la même race. De savants anthropologistes comme Deniker et Reclus, en France, Popof et Krasnow, en Russie, Vovk et Rakovski, en Ukraine, ont démontré, chiffres et preuves à l’appui, que la grande famille slave se divise en deux groupes: le groupe vislien qui comprend les Russes, les Polonais et les Blanc-Russes et le groupe adriatique ou dinarique auquel appartiennent les Serbo-Croates, les Slovènes, les Tchéko-Slovaques et les Ukrainiens. Chacun de ces groupes se distingue par des caractéristiques qui ne permettent aucune confusion. Le premier groupe est de taille moyenne, avec 76 comme table de visage et les cheveux blonds. Le second groupe est de taille élevée, avec 78 comme table de visage et les cheveux noirs.

En 1880, le géographe et anthropologiste Reclus voyait un lien de parenté entre l’Ukrainien et le Slave méridional et Deniker concluait une de ses études par ces mots: «Les Ukrainiens, de même que les Slaves méridionaux, appartiennent à la race dite race adriatique ou dinarique, tandis que les Polonais appartiennent à la race de la Vistule et les Russes à la race orientale.»

Plus récemment encore, M. Alfred Fouillée, après M. A. Leroy-Beaulieu, écrit dans son Esquisse psychologique des peuples européens: «Les Petits-Russiens (Ukrainiens) sont plus fins de membres et d’ossature (que les Russes), plus vifs et plus alertes d’esprit, à la fois plus mobiles et plus indolents, plus méditatifs et moins décidés, par suite plus apathiques et moins entreprenants. Ils ont l’esprit moins positif, plus ouvert au sentiment et à l’imagination, plus rêveur et poétique. Ils ont des instincts plus démocratiques et sont plus accessibles aux séductions révolutionnaires. Ce sont de vrais Celto-Slaves».

Ainsi, d’après ces savants qui n’avaient certes prévu ni l’effondrement de l’empire russe, ni la désagrégation de la monarchie austro-hongroise, ni, par conséquent, la proclamation de la République ukrainienne, le peuple ukrainien, slave comme les Russes et les Polonais, en est, cependant, essentiellement distinct.


L’Ukraine est une Nation

Dans son Histoire de Charles XII de Suède, Voltaire a dit que «l’Ukraine a toujours aspiré à être libre». Cette affirmation d’un maître en la matière n’empêche pas les adversaires du peuple ukrainien de répéter à satiété que «personne en Europe ne se doutait tout récemment encore, d’une Ukraine et d’Ukrainiens aux visées séparatistes». A quelle époque Voltaire vivait-il donc?

Mais ceci ne peut pas embarrasser ceux qui nient au peuple Ukrainien son droit à l’indépendance «parce qu’il n’a pas existé de tout temps ou du moins pendant des siècles», puisqu’après leur belle déclaration, ils ne craignent pas de reconnaître les faits que voici: