D’autre part, fatigués par trois années d’une guerre terrible au cours desquelles ils avaient été privés de tout, même d’armes et de munitions, les soldats revenant des tranchées ne pouvaient être que très sensibles à la devise bolchevique: «Tout à tous», si pleine d’alléchantes promesses.

Ces Ukrainiens, néanmoins, se sont vite ressaisis, quand ils ont vu de près ceux qu’ils avaient pris pour des amis.

Lorsque les Bolcheviks russes ont quitté, en mars 1918, le territoire de l’Ukraine, il n’est pas resté en fait de bolcheviks que les ouvriers étrangers, lesquels, d’ailleurs, ont remis à plus tard la manifestation de leurs théories. Quant au paysan ukrainien, ayant plus que partout ailleurs le respect de la propriété individuelle, il a tout de suite compris que la terre qui lui avait été donnée sans bourse délier, et que quelquefois, entraîné par des meneurs, il avait enlevée à son légitime propriétaire, de lui-même, il l’a rendue avec tous les instruments aratoires détenus par lui. Contrairement au paysan russe, le paysan ukrainien ne se considère et ne se considérera jamais propriétaire d’une terre qui ne lui a pas été livrée par-devant notaire contre espèces sonnantes, par un acte dont il restera le détenteur.

Au début de 1919, quelques Ukrainiens se sont joints aux troupes bolcheviques, mais il faut avouer que l’Entente avait mis entre les mains des Bolcheviks russes une arme puissante pour répandre leurs théories parmi les paysans ukrainiens.

Les Français et les Grecs venaient de débarquer à Odessa dans le but d’appuyer les volontaires de Denikine. Quoi de plus facile aux agents bolcheviques répandus dans toutes les campagnes que de persuader aux paysans que ces étrangers venaient en Ukraine pour y recommencer les déprédations et les brigandages des Allemands, pour y détruire les libertés ukrainiennes, au profit de Skoropadsky ou de Denikine, c’est-à-dire du tsarisme tant abhorré. Seule une lutte dans les rangs des Bolcheviks pouvait faire triompher la cause ukrainienne.

Petlioura représenté sous des couleurs si sombres et même parfois comme l’allié de Lénine et de Bela-Kun, eut à combattre jusqu’au sein du Directoire l’idée que la République française venait renverser la République ukrainienne au profit de l’Empire russe et de la République polonaise.

Les paysans revinrent bien vite d’eux-mêmes à d’autres sentiments, quand ils s’aperçurent que les Bolcheviks russes, accompagnés de mercenaires chinois, n’étaient venus dans les villages ukrainiens que pour rafler leur bétail, voler les céréales, entasser tour ce qui était transportable dans des trains qui prenaient immédiatement la route de la Russie. Petlioura vit alors son étoile reprendre tout son éclat, et s’enrôler sous ses drapeaux le peuple tout entier. La révolte des paysans eut lieu sur tout le territoire ukrainien. A l’heure actuelle, l’idée bolcheviste n’a que des ennemis en Ukraine, et tout est mis en œuvre pour chasser du territoire le Russe qui l’y a apportée.


L’Ukraine n’est pas l’instrument de l’Allemagne

L’argument le plus impressionnant pour nous Français, et dont les adversaires de l’Ukraine et des Ukrainiens usent et abusent, c’est de montrer dans le mouvement séparatiste ukrainien une intrigue austro-allemande et un article made in Germany.