—Merci. Mais dites-moi…. Depuis quand Talbot et Jeanne sont-ils mariés?
—Quelques semaines à peine. Jeanne a été longtemps malade. Le choc qui a ébranlé ta raison, dis-tu, l'a mise, elle, à deux doigts de la mort…. Pendant sa maladie,—c'est Talbot lui-même qui me l'a raconté,—elle n'a eu qu'une idée fixe. Elle revoyait son père, près d'expirer, unissant la main de Talbot à la sienne, et quand ce dernier veillait à son chevet, cherchant tous les moyens de la distraire:—Donnez-moi votre main,—lui disait-elle souvent. Il se rendait à son désir et elle murmurait en souriant:—Je suis heureuse et je veux être votre femme.—Le vieux Talbot pleurait sans rien dire. Mais, un jour, elle lui dit:-N'est-ce pas, ami, que nous devons nous marier? Promettez-moi que lorsque je serai guérie nous ferons notre devoir, promettez-moi que je serai votre femme….—Il dut lui faire cette promesse. Elle guérit et, au bout de sa convalescence, elle exigea qu'on publiât les bans…. Mais elle voulut garder ses habits de deuil.
—Des habits de veuve!—murmura Raymond.—Jeanne a fait son devoir.
Les deux hommes restèrent un instant silencieux. Tout à coup Raymond releva la tête:
—Il le faut,—s'écria-t-il.—Capitaine, il faut que je les revoie…. Oh! rassurez-vous, ils ne me verront pas, eux…. La nuit tombe et les quais sont obscurs…. Voulez-vous m'accompagner?
Le capitaine Robert fit un signe d'assentiment et ils sortirent.
VIII
Raymond et son compagnon arrivèrent sans être vus jusqu'à la naissance de la jetée. La maison de Talbot s'élevait tout près. Une lumière brillait aux fenêtres.
Le capitaine arrêta le matelot à quelques pas de la maison et s'avança seul. Il revint au bout d'un instant et, prenant le bras du jeune homme, il le conduisit près de la fenêtre éclairée.
—Regarde,—lui dit-il,—mais prends garde!