—Je suis bien faible, patron,—murmura le jeune homme.
—Eh! bien, mon garçon, repose-toi. Je retourne aux signaux. Dans une heure je reviendrai prendre de tes nouvelles.
—Ne partez pas sans moi, patron, je vais avec vous,—s'écria Raymond. Il voulut sauter du lit; mais ses forces le trahirent et il retomba en gémissant.
—Sois donc raisonnable. Je reviens dans une heure…. Tu vois bien que tu as besoin de repos, il faut se faire une raison,… Si tu vas mieux tout à l'heure, alors, nous retournerons ensemble. Mais, repose-toi, je le veux … Jeanne,—continua le vieux matelot en baissant la voix,—veille bien sur ce garçon, et s'il se trouve encore mal, accours me chercher, mon enfant.
Il sortit. Jeanne, obéissante, s'assit auprès du lit, son ouvrage sur ses genoux.
Le jeune homme s'était assoupi. Les bruits confus de la tempête troublèrent seuls le silence de la maisonnette.
II
Elle était vraiment ravissante avec ses cheveux blonds et bouclés, qu'elle portait, fidèle à un caprice d'enfant, toujours dénoués et simplement retenus par derrière à l'aide d'un ruban presque invisible.
Des yeux azurés, une bouche mignonne, laissant entrevoir, quand elle souriait, des dents du plus bel ivoire, un corps délicatement modelé, tout en elle justifiait le surnom de petite Madone que lui avaient donné les femmes des pêcheurs d'alentour et les matelots eux-mêmes.
Plus d'un jeune coeur s'était senti troublé devant tant de charmes. Mais on savait Jeanne fiancée au pilote Talbot. Ce dernier pouvait être sûr, grâce au respect dont il était entouré, que pas un des soupirants ne tenterait d'avouer ses sentiments aux oreilles de la jeune fille.