Un léger bruit l'interrompit; c'était le pilote qui pleurait. Les deux jeunes gens levèrent les yeux et virent Talbot qui leur tendait les bras:

—Jeanne!… Raymond!… mes enfants!…—sanglota-t-il en les pressant longuement contre sa poitrine. Puis, parlant avec volubilité pour chasser son émotion:

—Qui est-ce qui vous défend de vous aimer?… Eh! j'ai juré, j'ai juré… Mais je me suis toujours dit que Darnétal avait eu une drôle d'idée. Je suis sûr que, de là-haut, il voudrait pouvoir me crier:—Talbot, mon vieux, il n'y a plus de serment qui tienne…. T'imagines-tu, par exemple, que je voudrais faire de la peine à ma petite Jeanne?… Non, non; bien au contraire, puisque je te demandais son bonheur. Je t'ai dit de la rendre heureuse…, je me suis figuré un instant que tu étais le seul homme capable de le faire…. Tu vois bien que je me suis trompé, puisqu'en voilà un autre, plus capable que toi, mon brave…. Marie-les donc, Talbot, j'efface ta promesse.—Pour sûr qu'il dirait cela. Et n'est-ce pas moi le seul coupable, mes enfants? Moi, qui aurais dû voir plus tôt que vous vous aimiez?… Me pardonnerez-vous?…

Pleurant et riant à la fois, Raymond et Jeanne l'interrompirent sous leurs baisers:

—Allons, mes enfants, qu'on s'embrasse devant moi, et qu'on se pardonne les vilaines paroles que j'ai entendues tout à l'heure….

Ce fut le baiser des fiançailles.

—Dans quinze jours la noce,—conclut le pilote en se frottant allègrement les mains,—tout juste le temps de publier les bans!…

IV

Talbot alla reprendre son poste de «guetteur» au bout de la jetée. La nuit devait être terrible…. Ce fut celle du 26 Mars 1882.

Raymond et quelques matelots se joignirent au pilote.