— Où est le temps, par contre, où, toi, tu riais de tout ? Où tu me sortais des aphorismes à la Sainte-Thérèse et à la Spinoza ? Il faut que ce soit moi maintenant, moi, la grosse ronchon, qui fasse le pantin pour t’arracher un sourire. Ah ! ma Reine jolie, t’avoir là, te cajoler, t’embrasser ! Quelle joie ! Quoi qu’on dise, va, il y a, malgré tout, un peu de bonheur pour les braves gens…

— Tu trouves ?… Il y a tant de braves gens qui meurent sur le front, à chaque heure qui passe !

— A mon âge, on est égoïste. C’est nous les braves gens. Ceux dont tu parles sont des gens braves.

— Évidemment… Tu finiras par trouver que ton notaire est la crème des hommes. Puisqu’il est encore en prison, tu devrais songer à lui envoyer quelques douceurs.

— Pour quoi faire ?

— Pour lui exprimer ta satisfaction de le savoir à l’abri des balles, pendant que sa clientèle se fait copieusement casser la figure.

— Il y a un progrès. Tu railles. Ton moral s’améliore. Bientôt tu riras.

Françoise secoue lentement la tête.

— Non, Mounette, non ; je ne rirai plus, tant qu’il y aura la guerre.

— Crois-tu, hein ?… Tu sais qu’on est toujours sans nouvelles du fils Giraud. Quand il est parti, le premier jour, et qu’il m’a embrassée, ah ! ma chère ! ce que j’ai pleuré !… Une fontaine, dont on aurait arraché le robinet ! La maman Giraud, chez qui j’allais chaque matin tremper ma demi-douzaine de mouchoirs, ne cessait de me réconforter, de me rassurer :