Ce fut la retraite. Tous s’envolèrent et il ne resta bientôt plus, au fumoir, figés dans la correction de leur attitude, que Mme d’Ambleuze et son sigisbée allemand.
Par habitude, elle minauda :
— Nous voulions partir les premiers et c’est nous qui restons ! C’est très parisien ! Ne croyez-vous pas aussi, cher ami, que le maître eût pu se froisser d’une si totale désertion ? Je ne suis pas fâchée, d’ailleurs, de bavarder librement avec vous sans témoins.
Et, changeant de ton :
— Quand son Altesse arrive-t-elle ? Il faudrait que je fusse très exactement informée afin d’adresser une note aux journaux !…
Dans l’idiome de Gœthe, ils continuèrent de chuchoter.
Pendant ce temps, Françoise, très à l’aise, bavardait avec son oncle, comme si elle l’avait toujours connu. Librement, elle lui narrait la mésaventure financière de Marie-Antoinette et les démarches que cette dernière tentait, probablement en pure perte. Plus positive, elle était venue demander aide, conseil et protection à son tuteur naturel qu’elle dévisageait avec autant de sympathie amusée que de curiosité. Il lui produisait l’effet d’un comédien grimé, vu en plein jour… Lui, déjà remis de sa surprise, la regardait avec attention.
— Sais-tu… permets-moi de te tutoyer, petite… que tu es tout à fait jolie ? Que je te regarde encore !… Oui, oui, le vivant portrait de ton père.
— Moune me l’a dit aussi bien souvent.
— Moune ?…