Et, d’un solide coup de rein, Mlle Marie-Antoinette Corbier, dite Moune, Moumoune, ou — selon le cas — Mounette, s’acagnardait dans le coin du wagon de première qui, à travers la vallée du Rhône, l’entraînait, récalcitrante et renfrognée, vers ce Paris détesté pour tout l’inconnu formidable qu’il représentait à ses yeux.

Une minute, Françoise la regardait sans répondre, puis, très douce :

— Heureusement que nous sommes seules !

Cette constatation, qui n’avait l’air de rien, était un piège tendu à la bonne dame, un piège où sa bouderie allait sombrer.

— Pourquoi ?

— Parce que, répondait la nièce avec calme, s’il y avait eu avec nous d’autres voyageurs, ils n’eussent pas manqué, Moumoune, d’estimer que tu es douée d’un assez fâcheux caractère…

— Oui, eh bien, ceux-là, je les envoie à la balançoire ! Je leur dis « flûte ! » et puis je voudrais les voir à ma place ! Mais réfléchis donc, malheureuse enfant ! qu’allons-nous devenir ?…

— Nous nous débrouillerons, tante Nette !

— Mais quand on y réfléchit, il y a de quoi se flanquer par la portière. Mais c’est épouvantable !… Inouï !… C’est… non, je ne trouve pas d’autre expression !…

— Ne cherche pas, Moumoune. Tu vas te rendre malade, tu auras des étouffements, des palpitations et nous ne serons guère plus avancées. Au contraire. Nous avons besoin de tout notre courage, de toute notre raison. Eh bien, soyons calmes. Ayons le sourire, le sourire qui sied aux âmes bien trempées dans les circonstances exceptionnelles de la vie.