— Que votre Altesse ne prenne pas la peine de s’exprimer en français, coupa Françoise, j’entends assez bien l’allemand.

— Wirklich ?… dit l’étrangère d’un ton charmé.

Et alors, très animée, Frida s’exprima avec volubilité.

Respectueusement, on s’était éloigné des deux interlocutrices…

A l’autre bout du grand salon, Amédée Giraud, délégué par sa mère qui, très effacée, avait horreur de toutes manifestations mondaines, baisait la main de Moune, une Moune cuirassée de jais, monocle à l’œil, lorgnant sa nièce en grand patati-patata avec la tête couronnée.

— Tiens, mon bon Amédée, c’est vous ? Je désespérais de vous voir… Mon cher frère, lui, ne s’est rien cassé pour venir… Le fait est, entre nous, que je préfère une bonne partie de dominos, avec vos parents, à la séance que nous venons de subir. Une vraie musique de sauvages !… Et cette danseuse, la Tjouharine !… Avez-vous vu ce qui lui sert de costume ?… Une feuille de salade sur le nombril et un poil d’éléphant dans les cheveux ! Et elle vient dans le monde comme ça ?… Qu’est-ce qu’elle met alors dans l’intimité ?…

Mais Amédée, l’esprit ailleurs, répondait :

— Oui… oui… Françoise a été très bien.

*
* *

Trois jours plus tard, l’enfantine baronne d’Ambleuze se faisait annoncer au Continental, chez Marie-Antoinette Corbier. Elle entrait en coup de vent, un coup de vent atrocement parfumé :