Trente-cinq ans, très maigre, grande, vêtue de velours noir, avec, au cou, un long cou presque décharné, la splendeur d’un merveilleux collier de perles et, en sautoir, l’ordre de Moldavie, le grand cordon de Felsburg et la croix de Saint-Pierre d’Alfanie. Un front bombé sous le diadème archiducal : rubis et diamants. Des yeux d’oiseau de proie, durs et extrêmement perçants, d’un gris vert où dansaient, luisants, des petits points jaunes. Un nez chevalin. Des mâchoires proéminentes. Des lèvres minces. Des dents puissantes…
Françoise l’avait, en un clin d’œil, détaillée.
Avec maintes démonstrations de courtoisie, l’Altesse l’accueillait, la félicitant de son talent et parlant musique dans un jargon français incorrect et rocailleux.
Délibérément, d’un geste autoritaire, elle avait saisi la petite main de la jeune fille.
— Haim’z-fous Wagner, Matimôselle ? C’est h’oune Dieu pour moi !
— Non, je préfère la musique moderne, répondait, avec une nuance d’agacement la nièce de « Frère Jacques ».
— Ah ! ia… ia…, fit l’Altesse un peu déconcertée de rencontrer, pour la première fois peut-être, quelqu’un qui ne fût pas complètement de son avis. Moi aussi. Je h’aime… Mât’me dé Fouzier d’Ambleuze a dit votré nom, je souviens plus… Vous êtes racée noble ?
Françoise avait un léger haut-le-corps. Un peu railleuse, elle répliqua :
— Votre Altesse veut dire, sans doute, que je suis de sang noble ?
— Ia… Je parlais très mal cet’français qué jé h’aime tant. Tout à l’heure votré voix était pour ma oreille un vrai musique. Je voudrais savoir ce langue si… si… harmoniatrice, si enchanteuse… Vous disez les vers avec h’oun talent si grande… si colossale…