Françoise s’appuyait, légère, sur le bras tendu.
Dans la serre où elle était restée, assise sous un dais de palmiers, l’Archiduchesse de Marxenstein-Felsburg recevait, avec un visible dédain, les adulations, les bassesses et les flatteries à elle prodiguées. La lassitude de cette fête peignait l’ennui sur son visage. La seule diplomatie l’avait entraînée là où elle n’avait pu éviter de se rendre, puisque, pour certaines raisons politiques, elle était présidente d’honneur de l’œuvre. Elle dissimulait mal un bâillement…
Cette soirée cosmopolite où l’on avait fait de la musique allemande, chanté en russe et déclamé en français, lui semblait interminable. Seule, l’apparition de Françoise de Targes, délicieusement vêtue d’une robe ciel, avait secoué la noble torpeur qui l’envahissait.
La voix de la jeune fille, caressante et chaude, harmonieuse et vibrante comme un sanglot de harpe ou de violoncelle, avait agi sur elle, fouettant ses nerfs et l’animant comme d’une sympathie soudaine à l’égard de cette inconnue. Elle s’était penchée à l’oreille de Wogenhardt :
— Ces femmes de Paris sont si habiles avec leurs fards, qu’elles semblent toutes séduisantes, bien que vieilles. Celle-là, qui est belle, paraît réellement jeune. C’est incroyable ! Arrangez-vous, Hermann, pour qu’elle me soit présentée. Je veux la voir de près. Allez !
Wogenhardt, n’ayant pas pour habitude de discuter les ordres de sa souveraine, avait obéi.
Maintenant, Françoise se trouvait devant l’Altesse. Frétillante, Mme Fossier d’Ambleuze procédait aux présentations.
— Mlle Françoise de Targes, de Mertilles et Falède, la nièce du grand romancier Jacques Provence.
Elle n’oubliait pas les particules, cette chère baronne !
L’Altesse se levait, affable.