Son enfance avait été bercée de cette promesse :

— « Tu épouseras ton cousin Hugo ! »

Sa mère, sa grand’mère, son entourage avaient sans cesse répété à la jeune fille ce que l’on avait dit à l’enfant.

Devenu jeune homme, le Prince Hugo fit mille folies, et, pendant quelques années, défraya la chronique scandaleuse de Paris. En vain, l’Empereur François, son parrain, tenta-t-il de faire entendre raison à ce cerveau brûlé, rien n’y fit. Ce que la jeune Marina avait raconté à Françoise était exact. A deux reprises, les fiançailles avaient été rompues.

A vingt-cinq ans, première alerte. — Le Prince, attendu à Pesth pour la célébration du mariage, partait brusquement pour une croisière dans l’Inde avec des amis de cercle et une chanteuse anglaise, devenue, depuis, célèbre au music-hall : Annie Pington. Le scandale fut grand et l’infortunée Frida éprouva, en même temps qu’une désillusion profonde, un atroce chagrin. Elle aimait tendrement alors cet inconstant cousin. Déclinant les autres alliances qui s’offraient, elle se consacra désormais aux affaires de son Archiduché.

Mais son caractère changea. Elle s’assombrit. Elle eut des emportements touchant même à la sauvagerie. On contait qu’à coups de cravache, elle avait crevé les yeux d’une jument favorite pour une ruade intempestive. La spectrale Mina de Gohenlirch savait, seule, freiner de tels accès de démence.

Cinq années plus tard, deuxième alerte, non moins grave.

L’enfant prodigue, revenu en Autriche, avait repris son rang à la cour. L’Empereur avait pardonné à condition que le mariage voulu pour son filleul fût définitivement consacré… Hugo de Baghzen-Kretzmar fit toutes les promesses que le vieux souverain exigeait de lui et il allait partir pour Felsburg, afin de faire amende honorable, lorsque le malicieux Destin voulut qu’il tombât gravement malade.

La fièvre scarlatine, dont une épidémie sévissait alors à Vienne, faillit l’emporter. Élevé par sa mère dans les pratiques les plus étroites du catholicisme espagnol, Hugo eut peur de la mort et, se voyant si gravement atteint, il fit le singulier vœu de consacrer deux années de cette précieuse vie, que Dieu voulait bien lui laisser, aux prières et aux méditations…

Il lui fallut un an pour se remettre. Un autre pour réfléchir. Enfin, il se décida.