Le couvent de Mireflorès, se trouvant sur les terres qu’il avait recueillies de l’héritage maternel, il s’y retirait et, pécheur repenti, y vivait, paraît-il, les deux années promises au ciel… Cette cure de mysticisme ayant pris fin, avec la mobilité et la fougue qui le caractérisaient, le Prince Hugo courait à Paris.
Tapageusement, pendant six mois, il y semait l’or dans tous les restaurants de nuit, menant l’existence la plus folle et la plus déréglée. Il s’affichait ouvertement avec la Señorita Oligado, dont les danses espagnoles faisaient alors fureur aux Folies-Bergère.
On eût dit qu’il voulait regagner, en sensations joyeuses et en plaisirs violents, les vingt-quatre mois qu’il venait de perdre dans le silence attristant d’un cloître.
L’acquisition d’un collier de perles destiné à la brune Carolina, et coûtant la bagatelle de 800.000 francs, le décidait à vendre une propriété en Autriche.
Cette fois, Frantz-Joseph se fâcha pour de bon. Un ordre formel, venu de Vienne, rappelait au Prince l’engagement pris. Felsburg l’attendait.
C’est cet étrange fiancé, qu’un soir de juin, l’Archiduchesse Frida, le cœur battant, s’apprêtait à recevoir.
Était-ce l’amour qui l’animait à cette heure, la farouche Allemande, ou bien l’orgueil ? L’orgueil de retenir, définitivement conquis, irrémédiablement lié, captif, le rebelle insaisissable, cet éternel et fugitif amant ?… Pourvu qu’il vînt, aujourd’hui, l’infidèle, que rien ne l’arrêtât en route, que nul caprice ne l’emportât à nouveau !
Prête à défendre un bonheur qui semblait l’avoir si souvent narguée, elle sentait sourdre dans ses veines une ardeur inconnue… Pour lui, la bête frénétique et sauvage qu’elle était se montrerait tendre, douce, et dévouée, mais malheur à qui tenterait de lui ravir ce cœur qui lui était dû, ce cœur pour lequel, elle, presque une reine, avait souffert des humiliations si cruelles !
Un roulement de tambours, le cliquetis de fusils des soldats présentant les armes, le couin-couin d’une auto s’arrêtant au bas des marches… Elle avait un cri :
— Hugo ! Ah ! cher Hugo !…